Un rêve de traducteur (?)

Guillaume CINGAL
, 22/01/2026 | Source : ǝuᴉǝɹǝs ǝuᴉɐɹnoʇ

Ce matin, c’est le réveil qui m’a tiré du sommeil (chose rare), et d’un rêve en train de devenir inconfortable : j’ai rêvé que je voulais vérifier combien de pages du livre de French j’avais traduites ces 5 derniers jours, et en vérifiant le livre je me rendais compte que c’était déjà une édition en français (précisément dans la collection ‘Folio Histoire’). Je m’inquiétais alors d’être en train de traduire un livre déjà traduit.

Le plus bizarre, c’est qu’au moment de regarder le nom du traducteur, je me disais « ah tiens, Howard French, mais il a traduit quoi déjà, lui ? » sans me rappeler que c’était le nom de l’auteur. Le réveil m’a tiré du sommeil au moment où je n’allais plus me rappeler comment je m’appelais ou alors j’allais m’apercevoir que j’avais écrit le livre directement en français… ou je ne sais quelle absurdité.

J’ai donc réellement traduit 39 pages depuis samedi dernier, et ce rêve a dû subir l’influence du film vu hier soir – je devrais dire revu car je l’avais vu à seize ans, mais n’en avais presque aucun souvenir – Huit et demi de Fellini, dans lequel, nous avait dit E*, on voit très bien Rome ; il a dû s’emmêler les pinceaux, car on ne voit pas du tout Rome. De mon côté j’aurais dit Roma (mais Claire n’avait pas du tout aimé ce film et ne veut pas le revoir) et La dolce vita.

 

LUMINA/3

Laura-Solange
, 22/01/2026 | Source : JARDIN D'OMBRES

 

Dimanche 11/ Écrire comme on se retire. (Ahn Mat )

Lundi 12/ Les réflexions de Virginia Woolf sur Montaigne révèlent aussi une partie cachée d’elle-même : «  Il avait pour seul but de coucher sur le papier ce qu’il était, de communiquer, de dire la vérité, et c’est là « une épineuse entreprise, et plus qu’il ne semble ». Car au-delà de la difficulté à se dire soi-même, il y a la difficulté plus grande encore à être soi-même. Cette âme, ou notre vie intérieure, ne coïncide en rien avec la vie extérieure. » (Maria Santos-Sainz : Virginia Woolf, journaliste)

Mardi 13/ Être parfois saigne. ( Clarice Lispector :Chroniques)

Mercredi 14/  Le cœur éparpillé dans la tête. (Fernando Pessoa , cité dans le livre de Claire Marin Les débuts)

Jeudi 15/ Enfant, lorsque je me retrouvais seul, le visage tourné vers le dehors, le regard levé vers un cèdre, les yeux accompagnant le balancement pénombreux de ses branches sous le vent, je découvrais qu’en me taisant, se pouvait entendre ce qu’aucune parole humaine, pas même la voix de la mère, pas même celle du père, ne donne à entendre. ( Pierre Cendors : Sacre du seul)

 


21/01/2026

baptistetheryguilbert
, 21/01/2026 | Source : reprise/reprise

[Échanges de messages avec Dore]
Moi, 02h11 : je rentre tout seul légèrement ivre, je pense à vous, bisouilles.
Lui, 10h26 : qu’est-ce qu’il a fait encore ? [émoji souriant]
[divers messages de sa part, dont différents liens, et une photo de sa classe de troisième]
Moi, 14h47 : haha, cette photo est dans la carte mémoire que tu m’as offerte en mai, j’adore ! je serais grave sorti avec toi si on était dans la même classe !!… (non, en vrai je serais sorti avec Gaël ou Antho)
Lui, 14h47 : c’est toi qui m’as parlé de ça ? [un lien vers le documentaire Arte : L’ange blond de Visconti – Björn Andrésen, de l’éphèbe à l’acteur]
Moi, 14h49 : oui ! j’adore ce documentaire +++ et on en avait parlé parce qu’il est mort y’a pas longtemps, t’avais envoyé le lien à Romain, je me souviens — d’ailleurs, puisqu’on parlait la dernière fois de vol/plagiat/ découpage, j’ai complètement volé les dernières phrases de ce documentaire pour les dernières phrases de Lésions.
Moi, 14h50 : je regarderai le reste de ce que tu m’as envoyé plus tard bibou ! au fait, rien à voir, mais on a commencé à regarder le documentaire Arte de Lifshitz sur Claude Loir, c’est trop bien (à regarder pendant ton exil, ainsi que, je te le rappelle, The Boys in the Band).
Moi, 14h51 : je t’embrasse [émoji double cœur].
Lui, 14h51 : OK BONNE JOURNÉE.
Moi, 14h51 : nooooon pardon.
Lui, 14h51 : haha, je rigole.
Moi, 14h51 : je me réveille à peine et ma concentration est faible ! je réitère quand même mes embrassades et mes pensées qui vont vers vous !
Lui, 14h51 : tu as fait quoi hier pour te lever à 15h ?
Moi, 14h57 : suis sorti avec Guillermo et ses potes, moi je suis rentré tôt en vrai, genre 1h ou 2h j’étais à la maison je crois, mais Guillermo est rentré bourré à 5h du matin… très très bourré — pas très bien dormi haha.
Moi, 15h00 : et toi hier soir T’AS FAIT LA FÊTE ?
Lui, 15h00 : j’ai fini le livre de Guillaume Marie et dodo.
Moi, 15h03 : alors, c’était bien ?
Lui, 15h03 : oui, j’ai adoré, c’est touchant, c’est juste, c’est pas grand-chose et en même temps c’est singulier.
Moi, 15h04 : je pense fort à toi bibou [émoji double cœur], je te fais de gros bisous ! — Guillermo se réveille, je vais préparer les cafés et les beroccaboost.
[…]
Lui, 23h31 : en effet, je viens de finir le documentaire sur Björn Andrésen et d’ouvrir le PDF de Lésions, ça me donne envie de le relire (notamment avec une musique ambiante en fond et une voix comme celle de l’actrice qui avait lu/interprété d’une traite L’amant de Duras dans Musée Duras de Gosselin à l’Odéon).

[Échanges de messages avec Guillermo]
Moi, 13h27 : il faut que je vienne à Toulouse comme ça plus souvent, deux ou trois jours de temps en temps, c’est cool.
Lui, 13h48 : Mais tu feras la vaisselle stp !
[stickers]
Lui, 14h05 : je viens d’arriver à la bibliothèque, donc tu prends des notes et tu envoies tous tes messages en même temps à 18h, ok ?
Moi, 14h06 : l’heure à laquelle j’ai mon train, parfait.
Moi, 18h14 : notes du jour, à envoyer après 18h… 1. prochaine fois on se fait un immeuble dans les Sims, et dernier étage, toit-terrasse, on refait l’appartement de mounette et on y fait une coloc ; 2. je t’aime ; 3. ça va, je suis pas trop fatigué même si on n’a pas beaucoup dormi ces dernières nuits ; 4. je t’aime encore + qu’au message précédent ; 5. je suis vraiment trop content de ce p’tit week-end.
[…]
Moi, 22h03 : ça va ? tu te sens pas trop mal en mon absence ? le vide n’est pas trop dur à supporter ?
Lui, 22h04 : là je suis encore dans la période lune de miel avec la solitude, mais demain je te pleurerai, beaucoup.

[messages reçus, au hasard]
Tu rentres quand à Paris, j’me sens un peu seul sans toi. ** Je viens de croiser Luc d’Emily in Paris omg dans le passage Molière. ** Ne ramenez rien, nous mangeons « un katsu » (est-ce que je sais ce que c’est ? non, car c’est Neil qui cuisine) et je fais un crumble, ramenez boissons quelconques si vous souhaitez, 155 chemin de lanusse, vous pouvez venir aux alentours de 19h/19h30 par exemple. ** Baptiste, c’est [???], je tourne un peu en rond sans les réseaux, j’étais curieux des raisons de ton départ d’Instagram, si tu faisais de la méditation, et comment remplis-tu le vide ? ** Être dans la Drôme c’est se faire des ravioles à 17h.

[Mail envoyé à Dore]
[…]
P-S : samedi, Lamar me demande si je sors quelque chose bientôt, je lui parle d’Été 20XX qui est censé sortir en mars, dont, justement, je viens de relire le bon-à-tirer. Il me demande de quoi ça parle, je dis que ça parle beaucoup de toi, et que d’ailleurs, je ne sais pas comment tu as fait pour ne pas flipper en lisant le texte. 
Il est étonné, il me demande pourquoi. Je lui dis que dans ce texte, j’écris des choses que je ne t’ai jamais dites — ou que je ne t’avais, alors, jamais dites — (j’entends : des déclarations d’amour). Il dit : l’homme s’est toujours servi de la littérature pour ça, non ? (Oui.) 

[Échanges de SMS avec Dore]
Lui : ça va chez le père ?
Moi : oui, je rentre à Paris cet après-midi.
Moi : et toi ça va chaton ?
Lui : oui, ça va tranquille, je suis enfin SEUL dans la maison, c’est bien.
Moi : trop bien ! profite.
Moi : que fait le père ?
Lui : il fait rouler la voiture.
Lui : il a vraiment dit ça.

Je finis la retranscription et la rédaction de l’article-entretien d’Antonin alors que je suis dans le train retour pour Paris. Dore m’écrit : tous les chapitres qui s’appellent disparition sont sur une même ligne — joint au message, une photo. J’envoie une capture d’écran à Antonin, qui confirme. Il demande : Dore n’a pas encore trouvé la ligne verticale ? Je transmets à Dore, qui, après quelques minutes, me répond : j’ai trouvé, c’est le feu. Antonin confirme par retour de message : les lignes « le feu » et « la disparition » sont les lignes directrices importantes, après il y a seulement le couple « le miroir » / « le miroir » au milieu, mais ça vous le saviez déjà — joint au message, une photo appelée plan de batailles.

J’arrive chez moi à 23 heures. Je commence à défaire un peu ma valise. Je pose l’écran récupéré chez mon père sur le bureau. Je branche ce qu’il faut. Ça marche, et l’écran n’a même pas été abimé pendant le trajet en train puis en métro. J’essaie d’écrire, écrire quelque chose sur ces derniers jours, la soirée aux Souffleuses avec les garçons vendredi soir, embrasser Dore dans les tunnels du métro (lui qui prend la 11, Valentin et moi la 1), arriver à Toulouse encore crevé par les antibios et sortir quand même le soir, se faire réveiller au milieu de la nuit par Guillermo qui chante à tue-tête en rentrant à l’appart, le reste du week-end passé à rien faire — si, l’expo au FRAC, puis jouer aux Sims dans le lit —, passer chez mon père juste la journée, récupérer quelques affaires et déjeuner avec lui, avant de rentrer à Paris… je n’arrive pas à écrire, je vais me coucher en écoutant Aubade 2020 de Ryuichi Sakamoto une dernière fois.

Je sors du dentiste avec la bouche complètement anesthésiée mais j’ai quand même mal partout dans le corps. Je ne vais pas à la danse. J’achète de la soupe et je rentre. Micka me retrouve chez moi. Il a ramené du pain aux olives, c’est très bon dans la soupe. Il corrige quelques copies pendant que je joue aux Sims dans mon lit. Il repart. Je me remets au bureau. Vraiment, je n’arrive pas écrire sur ces derniers jours, pas comme ça, alors plutôt, j’ai eu l’impression que quelques échanges de messages avec Dore et Guillermo pouvaient dire quelque chose de ces derniers jours mieux que des paragraphes de descriptions : je les ai recopiés. (Dessiner le contour d’une forme indique toujours un peu ce qu’il y a dedans.)

21.I.26

Jérôme Orsoni
, 21/01/2026 | Source : cahiers fantômes

Après être allé courir, hier, j’ai écrit environ 16500 signes dans le chapitre que j’ai commencé le cinq janvier pour les profondeurs. L’ensemble est à peu près dix fois plus long et me semble encore loin d’être achevé. Mais ce ne sont que des projections approximatives, et l’essentiel n’est pas là. Ce chapitre, je crois, ne ressemble à rien, ni de ce que j’ai écrit ni de ce qu’on a jamais écrit, et c’est assez bien ainsi. Je laisse le texte prendre toutes les directions possibles, comme si je ne m’intéressais pas aux conséquences, ou comme si j’étais prêt à assumer toutes les conséquences, dont la principale me semble être l’illisibilité. Est-ce un problème, l’illisibilité ? Je ne sais pas. Je ne crois pas. Ce qui se vend n’est-il pas, au contraire, bien trop lisible ? Scénarios pour mauvais films à venir au sujet de tel ou tel des puissants de ce monde, de la vie intime de mon arrière-grand-mère, de mon animal domestique préféré, ou de tes vacances en famille. Mais je n’ai pas envie d’être négatif et ne sais pourquoi je le suis, peut-être que c’est facile, peut-être que Nelly a raison, je prends les choses du mauvais côté. N’exagère pas, non plus, ce n’était qu’une remarque en passant. Ce que je voulais dire, c’est qu’il faut que je me soucie uniquement d’aller au bout des choses, de suivre le chemin que je trace, tant pis si tout le monde s’y perdra, moi, je sais où je vais, je cherche où je vais. Je ne me soucie pas de savoir si j’écris un roman, un récit, un essai philosophique, ou que sais-je encore ? Parce que cela — ni de le savoir ni de me conformer à des canons et aux attentes ennuyeuses qu’ils suscitent — ne m’intéresse pas, je n’ai pas besoin de catégories toutes faites, ou faites par et pour d’autres que moi. Est-ce une exigence de liberté ou de vérité ? Non, même pas vraiment, je fais confiance à l’écriture, c’est tout : j’écris. En relisant Zentralpark avant-hier, pour les pages que j’ai écrites hier, j’ai retrouvé ces phrases, qui peut-être m’ont travaillé inconsciemment, mais dont je ne me suis pas souvenu à temps en écrivant le texte sur Berlin Bardo, où Benjamin écrit : « Le flâneur, pourrait-on dire, marque le retour de l’oisif que Socrate prenait comme interlocuteur sur le marché d’Athènes. Sauf qu’il n’y a plus de Socrate, de sorte qu’on ne l’aborde plus. Ni d’esclavage qui garantissait son oisiveté. » (37, 4) Le Phèdre transposé à Paris, ou désormais, donc, à Berlin, a quelque chose de profondément déprimant que ne cherche pas à masquer l’humour ironique de Benjamin, mais bien plutôt à mettre en évidence, à pousser en avant. « Il n’y a plus que le marché » est l’assertion manquante sur laquelle se fonde cet aphorisme, le marché auquel tout le monde est soumis jusqu’à l’aliénation, la dépossession de soi. La découverte par l’Europe de cette vérité multiple — notre culture est fondée sur l’aliénation — donne des livres comme les Passages ou le Baudelaire, des livres qui ne sont pas inachevables, mais que la réalité interdit et interdira toujours d’achever.

Avancées (45) : 21 janvier 2026

Clément Alfonsi
, 21/01/2026 | Source : Anath & Nosfé

1. Pythagore coach. Dans un des fragments rapportant l’enseignement de Pythagore, il est dit qu’il recommandait à ses disciples d’examiner chaque soir leur journée et d’identifier dix choses qu’ils avaient faites ou accomplies. L’idée était visiblement aussi de préparer les choses à faire pour le lendemain. Depuis que j’ai lu ce passage, il y a déjà plusieurs années, j’ai tendance à revenir à ce conseil avant de m’endormir. Néanmoins, à chaque examen, une question se pose : quel type d’événement ou d’accomplissement insérer dans cette liste ? On pourrait s’imaginer un Pythagore coach, qui inciterait à ne pas reporter, à faire les choses importantes : avancer tel dossier, corriger telle copie, réaliser tel appel administratif. On pourrait détourner la liste de façon poétique ou pseudo-poétique : « j’ai vu un beau lever de soleil dans le rétroviseur en montant près de la Semine », « j’ai songé à la neige », « j’ai changé le livre de Sylvia Plath de place dans ma bibliothèque ». On pourrait en faire des choses vues plus cyniques, comme : « entendu, en allant jeter mes poubelles, un ado dire à sa camarade qu’il s’était fait salement enculer la veille », « vu une photographie de Sébastien Lecornu qui lui donnait un air de méchant dans Batman », « songé que les chiffres des massacres en Iran dépassaient en intensité ce que les Israéliens avaient fait à Gaza, ce qui n’est pas peu dire ». Ma fatigue fait que je reviens souvent à la version coach de Pythagore, que je rassemble ce que j’ai réussi à faire, pas réussi à faire, ce qu’il faut faire le lendemain. Obsession d’autant risible que, je le remarque bien souvent, j’avance beaucoup plus quand je ne songe pas qu’il faut avancer.

2. Yuja Wang. J’écoute la discographie de Yuja Wang avec un plaisir profond. J’avais déjà écouté deux de ses albums, mais c’est sa version de la sonate en si mineur de Liszt qui fut décisive : c’était une redécouverte de cette œuvre que j’aime pourtant beaucoup et connais presque par cœur, principalement dans la version de Martha Argerich ou dans celle de Claudio Arrau. Il y a quelque chose dans le suspens mis avant certaines notes. Anaïs me fait aussi remarquer qu’il y a une manière spéciale d’enchaîner les notes. Nous ne sommes pas musiciens, dont tout relève de l’impression. Son répertoire est large et permet d’écouter des œuvres que j’avais peu eu l’occasion d’entendre : revenir à Scriabine, par exemple, est un plaisir. -Me méfiant toujours de mes enthousiasmes musicaux d’amateur non-éclairé, je lis deux ou trois artistes sur cette pianiste, et découvre qu’elle suscite des débats passionnés et parfois franchement étranges pour le non-initié. Un critique parle de « néant avec des doigts au bout », ce qui confirme que des critiques pénibles officient partout. D’autres sont dithyrambiques, et seulement dithyrambiques : on ne comprend pas d’où viennent leurs éloges. Sans doute devrait-on se poser moins de questions en écoutant des œuvres. Je ne sais pas.

3. Impulsions de lectures. Pourquoi, alors que j’apprécie La Mer et son double de Julia Lepère, me retrouvé-je à lire complètement autre chose et à le délaisser ? Je ne sais pas. Un Olga Tokarczuk, Le Banquet des Empouses, qui était sur ma pile à lire depuis un an, est soudain devenu urgent. Entre temps arrive Un Chien arrive de Camille Ruiz. Au-milieu, je relis des bouts de Charles Baudelaire et de Sylvia Plath. Pour ajouter encore du chaos à l’affaire, je songe qu’il faudrait que j’avance dans mon projet de lire les livres présents dans le « labo de lettres » (en fait un grand cagibis) de mon collège, aussi ai-je lu d’une traite Fantastique maître Renard de Roald Dahl et Céleste, ma planète de Timothée de Fombelle. Cela n’a aucun sens. C’est bien.

4. Avancées. Le temps n’a pas permis de faire une chronique de poésie cette semaine. En revanche, les paquets de copie sont terminées, des nouvelles ne sont pas prévues pour tout de suite, aussi l’horizon est-il clair. Aucune des « perspectives » du journal précédent n’ont mené à quoi que ce soit. Les projets et les perspectives ne sont pas mon fort, mais je le vis bien. Mardi un collègue a ramené sa Switch en salle des professeurs et j’ai battu des collègues à Mario Kart. Qui osera dire que je n’ai rien accompli ?

Dérives inquiétantes et cohérentes

Guillaume CINGAL
, 21/01/2026 | Source : ǝuᴉǝɹǝs ǝuᴉɐɹnoʇ

Et dire qu’hier je regrettais de parler trop souvent hier de mon travail.

Hier après-midi, c’était le pompon.

À une heure de l’après-midi, j’ai vu des agents arracher, sur les panneaux d’expression libre du bloc Thélème, des affiches contre le génocide palestinien ainsi que le collage du collectif Actions Féministes de Tours sur les féminicides. À ce que j’ai su de source sûre, il s’agissait de consignes expresses du directeur de cabinet de l’université, en raison de la venue du préfet.

Comme je l’ai écrit au président de l’université :

Force est de constater que les déclarations de l’équipe dirigeante sur l’égalité femmes/hommes et la lutte contre les VSS, sont de pure formalité et que, dans les faits, pour mendier la bienveillance de l’Etat, notre établissement est prêt à sacrifier ses valeurs d’humanisme et de liberté d’expression. Dans le contexte où les idées d’extrême-droite sont déjà largement installées dans le pays et au plus haut niveau, ce genre de décision ne peut que laisser craindre ce que l’université de Tours sera prête à faire si l’extrême-droite arrive de facto aux commandes du pays.

Militant en faveur des droits de l’homme, contre le racisme et contre les VSS, je suis choqué à titre personnel et en tant que collègue qui tente d’agir, à son modeste niveau, depuis plus de vingt ans, contre les discriminations liées à l’origine ou au genre. Sauf éclaircissement contraire de votre part, je considère que mes convictions humanistes se voient ici combattues par la direction de l’établissement qui m’emploie, et que les étudiant·es qui ont fait ces collages ou les approuvent comprendront de même que ces idées ne sont pas (ou plus) soutenues.

Vous me répondrez sans doute la seule réponse donnée depuis plusieurs mois : seul compte le budgétaire, le reste est sans importance. Sachez que je mesure, comme les autres collègues je pense, la gravité de la situation financière de l’université, mais je ne pensais pas que cette priorité devait conduire la présidence à transiger avec nos valeurs, dont je comprends donc qu’elles ne seraient pas partagées par le préfet, représentant de l’Etat dans le département.

 

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Le soir même, j’ai écouté la cérémonie des vœux, organisée dans la salle Thélème mais diffusée en direct sur YouTube. Par-delà le choix symbolique de Thélème et de l’inauguration du site Tanneurs rénové, ce choix de site ne fut justement que symbolique : toustes les intervenant·es provenaient de diverses composantes, à l’exception des deux facultés du site Tanneurs (d’Arts et Sciences Humaines et Lettres & Langues), privées de parole. Les étudiant·es en musicologie qui ont proposé un programme musical très réussi et très émouvant étaient l’exception, mais sans qu’aucune mise en valeur de la recherche ou de l’enseignement dans cette filière soit explicitée. Après cela, le discours du président, ne citant que les menaces idéologiques et financières contre les sciences expérimentales et médicales, et nullement les attaques contre les sciences humaines (sociologie, études post-coloniales, études féministes et queer, pour n’en citer qu’une poignée), n’était pas de nature à rassurer. Il faut l’avoir entendu : ce qui se passe aux États-Unis en ce moment est grave à cause de la généralisation des discours anti-vax. Alors, oui, c’est très grave, et Robert Kennedy Jr est un abominable fumier ; mais dire cela, c’est, sans jamais prononcer le mot de fascisme bien sûr (il n’aurait pas fallu fâcher les collègues et étudiant·es d’extrême-droite qui étaient dans la salle, ni le préfet sans doute), passer par pertes et profits les personnes tuées par la milice ICE, l’impérialisme états-unien qui s’attaque à présent au Groenland au risque d’anéantir l’OTAN, le recours au Salvador comme prison politique délocalisée, etc.

Autant dire qu’à l’époque de la grande inquiétude budgétaire (notre université, déjà chroniquement sous-dotée depuis des années, est au bord de la faillite), on ne peut s’empêcher de penser que l’université de Tours a déjà fait le choix de ce qu’elle choisit de mettre en avant, et des filières d’enseignement et disciplines de recherche qu’elle sacrifiera sans états d’âme si le pire venait à se confirmer. Et que, de même, si la fascisation du pays se renforce encore dans les mois à venir, l’équipe dirigeante de l’université a pris soin de ne pas trop s’exposer.

 

20.I.26

Jérôme Orsoni
, 20/01/2026 | Source : cahiers fantômes

5,00 km | 24:10 temps | 4:50 min/km, me dit le registre des courses (ce qui est probablement faux). Et changement de parcours, aussi, ne me dit pas le registre des courses (ce qui est indiscutablement vrai). Si je le voulais, je pourrais écrire la même chose tous les jours, avec de très légères modifications, comme à l’instant, sans même avoir besoin de faire quoi que ce soit pour le rendre vrai, ou rien d’autre que semblant, l’illusion serait parfaite, personne n’allant jamais vérifier que ce que j’écris correspond à ce que je fais, et ce ne serait pas différent de la plus grande, la plus immense part de ce que les humains écrivent chaque jour dans le monde, ou font écrire à leur place par une intelligence artificielle, et qui constitue la culture dans son ensemble. S’il y avait une quelconque différence, les humains prendraient conscience de la vacuité, de la nullité absolue de leur existence et feraient autre chose, mais non, ils continuent, comme s’ils étaient fondamentalement imperturbables. Et, écrivant cette phrase, je viens de comprendre que mes perturbations ne sont pas une malédiction, mais une chance. Ce que je n’avais pas encore conçu clairement, je crois, me contentant plutôt de simplement déplorer les perturbations dont je me sens la victime et ce, alors même que je n’en suis pas moi, spécialement, la victime, je n’en suis qu’une victime parmi d’autres, parmi des milliards d’autres, il se trouve simplement que je les ressens comme je les ressens et que j’écris. Ce qui n’est peut-être pas tout à fait indifférent. Dimanche, Nelly et moi, nous nous sommes disputés d’une façon ridicule, offrant un spectacle des plus affligeants à notre fille, Daphné, qui n’y était pas tout à fait pour rien, il est vrai, mais c’est une autre histoire. À un moment de notre dispute, Nelly m’a reproché ma vision du monde, qu’elle trouvait noire, m’a-t-elle dit, et moi, je lui ai répondu que je n’avais pas envie d’en changer parce que ce n’était pas une conception réactive — réactionnaire, aurais-je pu dire si ce mot n’avait pas la connotation politique qu’il a acquise —, mais élaborée, le fruit de mes pensées. Et puis, elle m’a dit qu’elle était souvent d’accord avec moi, que c’était simplement la façon d’exprimer mes idées qui la dérangeait, peut-être parce qu’elle avait l’impression que tout était noir dans mes pensées, ce qui n’est pas le cas, en tout cas, je ne le crois pas, sinon, je ne prendrais pas la peine d’écrire ce journal, tous les jours, que les gens le lisent ou non, c’est ce que je fais, par exemple. Ce n’est qu’un exemple, en effet, mais ce n’est pas un exemple parmi d’autres, pas un exemple comme les autres, du moins, il a une singularité. Écrire possède pour moi une dimension morale qui lui confère une importance toute particulière, non pas seulement comme forme artistique, genre, mais comme acte, activité. Le fait que la dimension éthique et la dimension esthétique de l’écriture s’épousent, pour moi, quand j’écris, donne encore un relief particulier à cet exemple, qui n’est pas une déclaration d’intention, mais quelque chose en acte, en chair et en os, pour ainsi dire, j’aime bien cet expression qui me vient de la phénoménologie, « en chair et en os », où elle traduit l’adverbe « leibhaft » chez Husserl, c’est-à-dire dans la vie même. Si je pensais que le monde était uniquement un endroit noir et froid, je n’écrirais pas, je me suiciderais, me serais déjà suicidé. Un point, c’est tout. Mais j’aime la vie, voilà la vérité, quand même la vie me semble souvent invivable. Ce que je viens de comprendre — et c’est peut-être une conséquence plus ou moins lointaine du reproche que Nelly m’a fait, dimanche dernier —, c’est que mes perturbations sont une chance : le monde ne me laisse pas indifférent, je n’y suis pas fermé, je vibre avec lui, fût-ce d’un son mauvais, mais enfin il ne l’est pas toujours, et il vaut mieux être perturbé par le monde que de ne plus rien sentir du tout, ou de vivre dans une sorte de monde parallèle, coupé de la réalité des choses telles qu’elles sont, ce qui est à peu près la façon de vivre d’à peu près tout le monde. Et je conçois bien, aussi, ce que les remarques que je viens de faire peuvent avoir de bourgeois, dans la mesure où je vis confortablement dans une démocratie occidentale, et que si je vivais à la rue ou dans une dictature théocratique, j’aurais peut-être envie de m’enfermer dans une tour d’ivoire et de n’en plus jamais sortir, c’est possible, mais il y a toujours une limite à l’ouverture : on ne peut jamais penser qu’à partir de l’endroit où l’on se trouve, on ne peut pas faire l’économie de soi, s’imaginer que l’on n’est pas là, s’inventer un point de vue d’où l’on est absent, absolu, ou quelque chose comme cela, impartial, objectif, neutre, que sais-je ? non, ce qu’il faut, c’est n’être pas la dupe de soi-même, et tâcher d’être honnête, sincère, non dépourvu d’une certaine authenticité, malgré encore une fois toutes les critiques que l’on a bien pu faire, à tort ou à raison, à cette dernière notion, sans doute en partie pour se dispenser de l’être et pouvoir se vautrer sans scrupules dans le cynisme le plus répugnant, voilà qui n’est pas à exclure, sinon pourquoi les gens continueraient-ils de vivre ce qu’ils font comme ils le font, faisant toujours les mêmes choses qu’ils font, toujours ce même bruit imbécile avec leur bouche ou avec le moteur de leur véhicule ou l’alarme de leur sirène ou la violence de leur pouvoir, ou la haine de leur impuissance, oui, pourquoi, ils changeraient, non, ne crois-tu pas ? 

Tridents

Guillaume CINGAL
, 20/01/2026 | Source : ǝuᴉǝɹǝs ǝuᴉɐɹnoʇ

Que pourrais-je raconter ? À rebours du projet initial de ce blog – mais après tout, en vingt ans, les choses bougent –, il est devenu une sorte de journal, et même plus spécifiquement, trop souvent, un journal où je raconte mon travail. Ainsi, aujourd’hui, je pourrais parler de

  • l’émission enregistrée hier avec Laurent Gerbier et que j’espère pouvoir diffuser en podcast aujourd’hui (si j’obtiens le sacro-saint « code court »)

 

  • la séance du séminaire de l’EHESS, Actualité de la recherche sur la colonialité que je co-anime en mode hybride avec Christelle Rabier, spécialiste de l’histoire de la médecine et qui m’honore de sa confiance (aujourd’hui, on va parler de Fanon, et je vais proposer une lecture des deux traductions publiées de Peau noire, masques blancs, en mettant l’accent sur les mots de la racialisation et les deux traductions anglaises publiées)

 

 (J'en avais parlé ici aussi.)

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Ce qui ne relève pas du « journal » se trouve désormais particulièrement développé dans l’autre blog, et ce qui relève de mes notes sur la traduction en cours aussi (avec un système de rétrodatation qui permet de faire apparaître, avec des dates fictives de publication, l’ensemble sur une seule page dans l’ordre chronologique).

 

Voyage au Lexique Ⅱ, 7

Serge Marcel Roche
, 20/01/2026 | Source : Chemin tournant

Dans ce deuxième Voyage au Lexique, je continue d’explorer, en me gardant de les exploiter, les mots de Ma vie au village (in Journal de la brousse endormie) dont le nombre d’occurrences est significatif. Soir Fond d’orange badigeon sur la toile qui chute entre du vert et la grisaille des troncs, les cours odorant l’air pour l’office d’un […]

Ricochets/ Année 3/ Semaine 3

Laura-Solange
, 20/01/2026 | Source : JARDIN D'OMBRES

 


1/ Dans l’avent des métamorphoses des corps, ressentir les prémisses de ce qui est en train d’advenir n’est pas chose aisée. On voudrait être averti des mutations qui sont en jeu mais on ne sait pas toujours en lire les traces annonciatrices. Pas d’ange aux grandes ailes pour nous tenir au courant de ce qui s’amorce entre les os et la chair, entre le corps et l’esprit, entre soi et soi.

2/ En l’espace d’un instant. Dans l’immobilité de l’instant. Dans ce monde brumeux qui surgit de nulle part. Se sentir perdue, smarrita. Entre deux réalités, désorientée. Emprise dans les fils d’une araignée. Est-ce cela qui pourrait faire émerger les mots de l’écriture...Ce sentiment de n’être ni là, ni ailleurs, mais smarrita. À chercher sans doute un passage dans la toile, un chemin d’entre les chemins, un avant où aller sans repères.

3/ Je ne sais pas à l’avance ce que je vais écrire, ce qui va s’écrire, les lettres du clavier d’ordinateur qui vont danser sous la pression des doigts, les mots et les phrases qui vont se former et prendre une forme de vie et d’envol. Écrire est un des rares moments où l’instant m’enveloppe, où je ressens la temporalité de l’instant, sa chair, avec une sensation erronée de sa durée.

4/ Des photos aléatoires se déroulent sur l’écran d’ordinateur. Ce sont toutes des photos que j’ai réalisées mais parfois dans un temps si lointain, et toutes emmêlées, que ces visions sont déroutantes, presque déstabilisantes. Elles défilent et je ne sais plus qui je suis ni où je suis. Je me ressens dans un temps indéfini, dans des fragments de ma vie qui n’ont plus d’existence, dont je ne sais plus rien.

5/ Intermittences de soi. Et donc aussi celles de l’écriture. Tout est relié. Les mots, les phrases s’adjoignent par des chemins autres, prennent des voies de traverse, se perdent dans des impasses où l’on peut rester immobile un certain temps, comme hors de ce monde et dont il est difficile de revenir, de se confronter à nouveau avec un réel où des béances se sont formées et reprendre alors un visage.

6/ La nécessité d’aller acheter des fleurs, un bouquet de petits œillets rouges et blancs serait indispensable là dans l’instant, pour apaiser les yeux et porter plus loin le regard, pour continuer à avancer dans le jour. Andrea Bocelli accompagne depuis dix-huit ans et on l’écoute toujours avec l’émotion intacte. Le temps d’absence n’a pas érodé les pensées de gratitude que je tourne vers celle qui me manquera encore et encore.

7/ Lorsque j’étais plus jeune, disons adolescente, j’avais la ferme conviction que tous les nœuds du monde allaient se défaire, qu’il n’était plus possible que des guerres et des massacres pourraient encore se produire, puisque, après la fin de la deuxième guerre mondiale et l’horreur qui avait été à son comble, tout serait autre. De tels mondes se perpétuent et je me demande ce que peuvent des pensées telles que celles-ci ...