Revue de blogs #9

la souris
, 03/04/2025 | Source : Grignotages

Et cela s’est fait assez naturellement […] non en fonction d’une position théorique, morale et réfléchie, mais de manière psychologique, épidermique.

Je crois bien que j’ai quitté Twitter, Le dernier des blogs
découvert via Karl

De même, je prends moins des décisions qu’elles ne se prennent, décantent en moi.

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Reboot de 2 neurones & 1 camera

Assez incroyable que la crasse de la vitre devienne un élément graphique.

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Her teaching style, she liked to say, was not to lighten the burden of the student, but to make it so heavy that he or she would put it down…

You could say the worrier gets things exactly backwards. He’s so terrified that he might not be able to rely on his inner resources […]. In fact he should devote less energy to manipulating the future, and have more faith in his capacity to handle things once the challenge actually arrives. If it arrives, that is.

Meditations for mortals by Oliver Burkeman,
cité par Winnie Lim qui commente :

Why don’t I store my energy instead of worrying, so I can hoard enough of it to deal with it when shit happens?

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Je me souviens encore de la sensation de tes baisers sur ma bouche qui a duré des heures après que tu sois parti, tu étais imprimé sur moi.

Je me souviens que nous entrés dans l’eau en courant comme des gamins et que nous avons plongé sans savoir si elle était bonne ou pas, nous étions ensemble et c’était la vie en Cinémascope.

[…] j’étais hébétée de fatigue parce que l’amour, ce n’était pas reposant.

Je me souviens (2), Ma vie sans lui

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Ce qu’il y a de bien avec notre abominable époque, c’est qu’après des décennies à nous dire, mais comment les écrivains des années trente faisaient pour écrire comme si de rien n’était leur journal, sans trop refléter le gouffre vers lequel l’Histoire les amenait à sombrer ?, nous allons enfin le découvrir par nous-mêmes.

Fuir est une pulsion

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J’ai un gros problème avec les injonctions faites aux corps des femmes. Ce problème s’appelle la flemme. […] Rien à voir avec le féminisme, tout à voir avec une approche pragmatique de l’existence corporelle.

La crème pour célibataires, Sisters Cia

J’ignorais qu’on pouvait se marrer à propos d’une crème exfoliante, mais avec Sacrip’Anne, c’est chose possible.

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do NOT put in the newspaper that I’m a pervert : Marie Le Conte imagine ce qu’elle ferait si elle avait un superpouvoir d’invisibilité et, clairement, tu peux pas test le délire d’une insomniaque qui a passé des nuits à raffiner ses hypothèses.

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La précision. Le souffle. La concentration. […] Il s’agit de faire, de chercher, d’assimiler, d’appliquer, d’essayer. J’aime particulièrement voir que de séance en séance, le placement dans certaines postures se fait plus sensible. C’est parfois infime, le bassin qui bascule de quelques degrés, les bras qui s’abaissent, l’extension toujours plus longue. […]

J’ai […] les abdominaux pas douloureux mais existants […]

Meilleure description du plaisir des (légères) courbatures.

Si j’avais su que bouger, c’était d’abord s’écouter, puis se rencontrer […]

Bif-bof & périnée engagé, Tant qu’il nous reste des dimanches

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[…] « tu sais, je garantis pas que je vais aimer tout ce que tu partages » et ça a touché un truc. On résonne tous à des fréquences différentes ; le point de rencontre n’est pas l’œuvre en elle-même, mais l’échange des échos.

De fil rouge, Hypothermia

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Une remarque m’a fait rire : presque tout le monde respire mal. Ceux qui respirent bien sont… les fumeurs : inspiration vigoureuse en tirant sur la clope, expiration longue de la fumée. Ils stimulent leur système parasympathique.
Il n’y a pas que la nicotine qui détend, il y a aussi la respiration.

Fumer détend, Alice du fromage

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Je me suis rendu compte hier que j’étais plus simple dans l’écriture avant. Et c’est peut-être cela qui nous enferme quand nous écrivons de longue date sur nos carnets Web. L’impression que nous devrions être plus dense. Je vais tenter de m’alléger et de ne pas forcément écrire de la consistence.

Murs avec voix, Les Carnets Web de La Grange

Peut-être que ça va avec les années, et pas juste avec l’écriture : être dense des expériences passées, sédimentées ?
Ces revues de blog me permettent aussi ça : des remarques en passant, plus légères.

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Grâce à Karl, je découvre le blog Tentatives de Christine Jeanney, et accroche à ce journal de traduction de Virginia Woolf. La parenthèse sur la théorie de la fiction panier m’enchante :

pour faire court, Ursula K. Le Guin envisage le récit fictionnel comme une transmission qui reste d’une génération à l’autre, prenant souvent appui sur des faits de gloire, des faits d’arme, héroïques, la prestance du chasseur qui revient de la chasse au mammouth forcément célébrée, racontée et chantée, alors qu’il est possible que la tribu survive principalement grâce à la cueillette
mais remplir un panier de baies ou de graines, même si c’est essentiel, n’est pas vendeur, pas de frissons, pas de lames, pas de larmes
et puis ce sont souvent les femmes qui s’en occupent — ces décervelées hystériques
la théorie de la fiction panier veut renverser le rapport de force
se débarrasser un peu du héros
se concentrer sur ce qu’il y a dans les paniers et dans les sacs, ces graines de vie

Est-ce pour ça que je me retrouve à lire quasi-exclusivement des autrices ces temps-ci — pour regarder dans leurs paniers ? C’est tout juste si un nom masculin ne suscite pas de la méfiance de ma part (attention au mammouth dans la pièce), exception faite des poètes (ça part à la cueillette et pas à la chasse, un poète).

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[…] can I shorten the gap that exists between my negative spiralling and the realisation that I can break out of most of these spirals by reminding myself what is truly important?

The journey of coming back to our selves never ends.

People think that such focus on our selves is narcissistic. I argue that we seem self-absorbed precisely because we have no sense of self, so we are misled to pursue societal achievements and peer recognition thinking that they will prop up our sense of self. […] I offer a suggestion that there is a sense of self that exists that doesn’t require an external gaze to feel more whole.

Winnie Lim, ringfencing my self

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La liste de 100 souvenirs pour l’année écoulée a ricoché jusque chez Tomek : 2024, on fait au mieux sur Envisager l’infinir ! Maintenant, je veux goûter au fiadone.

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Ça va être bien, parce que ça l’est déjà.

Épiphanies, Ramblings of an adulescent

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Jérôme Orsoni
, 03/04/2025 | Source : cahiers fantômes

« Comment, alors que l’on professe depuis près d’un demi-siècle que tout est rapport de forces, de domination, de pouvoir, s’étonner que certains aient fini par passer à l’acte ? », me suis-je demandé, cette nuit, quand je me suis réveillé. Et, cette question, dans mon réveil angoissé (j’étais partagé entre une inquiétude portant le sens de la vie et une autre portant sur le sens de ma vie, trouvant les deux vies passablement ratées, la mienne et celle du monde, et peut-être que ces deux inquiétudes n’en font qu’une), ce n’était pas à moi que je l’attribuais, mais à Jacques Bouveresse, dans l’un des articles qu’il a consacrés à Oswald Spengler. Je me demandais, prenant appui sur cette question de Bouveresse, comment on pouvait ne pas voir le lien de causalité qui unit, d’une part, toutes les entreprises de déconstruction qui, depuis plus de cinquante ans maintenant, dans une perspective plus ou moins nietzschéenne, pour être de ceux à qui on ne la fait, entendent dévoiler la réalité nue, crue, violente, derrière les illusions de la vie démocratique, sa fausse douceur, ses mœurs mensongèrement polies et le spectacle terrifiant, d’autre part, auquel nous assistons, d’hommes (puisque c’est bien de mâles qu’il s’agit) qui, ne s’embarrassant plus des conventions d’une société policée, se comportent comme les plus brutaux des autocrates ? Et puis, je crois que je me suis rendormi. Ce matin, conséquence ou non de mes tribulations nocturnes, je l’ignore, quand ce fut l’heure du réveil, j’étais prisonnier d’une profonde torpeur de laquelle, pendant de longues minutes, il m’a semblé que je ne devais jamais parvenir à sortir, mes yeux clos par un sortilège non moins puissant que celui qui attachait mon corps à mon lit, un lien solide comme la pierre qui enferme les gisants dans leur tombeau. Quand j’ai enfin réussi à m’extirper de ces entraves, je ne me souvenais plus exactement de la phrase de Bouveresse sur laquelle je m’étais appuyée durant la nuit (je ne m’étais pas réveillé pour avoir cette pensée, c’est cette pensée qui m’avait réveillé) pour tâcher de penser ce que je pensais et, m’efforçant d’ouvrir les yeux pour y voir clair, j’ai entrepris de m’en souvenir, en vain. Un peu plus tard, la maison plus calme, j’ai cherché dans le texte où je pensais que cette phrase se trouvait où la phrase se trouvait, mais elle ne semblait pas y être. En parcourant le texte, je me suis rendu compte que j’avais recomposé quelque chose qui n’était ni tout à fait de moi ni tout à fait de Bouveresse, mais peut-être un peu de tout le monde, à tout le monde. Voici la question que Bouveresse pose dans son article, « La vengeance de Spengler » (paru en 1983, cet article peut être lu quarante-deux ans plus tard sans aucun sentiment de décalage temporel, bien au contraire, et c’est une inquiétude supplémentaire que suscite cette remarque) : « Au sens où il y a une “dialectique de l’Aufklärung”, écrit Bouveresse, on pourrait parler également d’une dialectique du discours démocratique, en vertu de laquelle il finit par dénoncer lui-même comme illusoires et mensongers ses propres idéaux. Lorsque des intellectuels qui passent pour des démocrates convaincus proclament ouvertement que la seule réalité est celle du pouvoir et de la domination, que peut-on encore objecter à ceux qui décident de jeter définitivement le masque ? » (Article repris dans Essais II. L’époque, la mode, la morale, la satire, page 96.) Cette question — d’une actualité, pour ne pas dire d’une permanence sidérante —, Bouveresse se la pose au croisement de plusieurs considérations qui touchent à la démocratie moins en tant qu’institution qu’en tant que structure de la vie sociale, forme générale de la vie humaine dans l’histoire. Bouveresse cite un passage du Déclin de l’Occident de Spengler et le commentaire hallucinant qu’il inspira à Adorno : « Spengler a prophétisé Goebbels » (Prismes, page 42). Voici le passage de Spengler : « On n’a plus besoin, comme les princes de l’époque baroque, d’obliger les sujets au service des armes. On fouette les esprits par des articles, des dépêches, des images — Northcliffe ! — [ici, le lecteur perspicace mettra à jour ces personnages conceptuels avec leurs équivalents contemporains sans grand mal] jusqu’à ce qu’ils exigent des armes et contraignent leurs chefs à un combat auquel ceux-ci voulaient être contraints. » (Le déclin de l’Occident, II, page 428. Le deuxième tome du Déclin de l’Occident a paru en 1922, le premier en 1918.) Et Spengler ajoute : « C’est la fin de la démocratie. Si, dans le monde des vérités, c’est la preuve qui décide de tout, dans le monde des faits, c’est le succès. Le succès, cela signifie le triomphe d’un courant d’existence sur les autres. La vie a réussi sa percée ; les rêves de ceux qui voulaient réformer le monde sont devenus des instruments entre les mains de natures de maîtres. Dans la démocratie de l’époque tardive, la race éclate à nouveau et asservit les idéaux ou les projette, avec un éclat de rire, dans l’abîme. » Tout comme les Lumières, qui finissent par se retourner contre elles-mêmes au sens où elles se prennent elles-mêmes comme objet de leur propre critique dévastatrice (c’est à traits épais la thèse du livre d’Adorno et Horkheimer, Dialektik der Aufklärung), la démocratie en vient à s’autodétruire : ce n’est pas tant de l’extérieur que proviennent les forces qui l’anéantissent que de l’intérieur même. La démocratie a besoin de la publicité, mais cette dernière devient transparence obscène, verbiage permanent et intoxication. La démocratie a besoin d’autocritique, mais cette dernière devient culpabilité complaisante et cynique, haine de soi. À ce phénomène vient s’en ajouter un autre : s’il était encore possible de croire, il y a un siècle, voire un demi-siècle, à une expansion de la démocratie, il est clair désormais que la démocratie est minoritaire dans le monde (au mieux, un être humain sur dix vit dans une démocratie) et du fait, notamment, de la critique interne (la thèse centrale susceptible de diverses formulations : « La démocratie est un système de domination comme un autre »), elle a peu de chance de s’étendre, et bien plus de se recroqueviller sur un espace géométrique restreint (l’Europe), où elle est quand même remise en question. À la fin du progrès, peut-être peut-on formuler ainsi ce pressentiment, à la fin du progrès, il y a toujours l’autodestruction, l’autodestruction étant la fin du progrès. Ou, dit autrement, le progrès conduit toujours à la destruction de qui y croit. Les angoisses éprouvées par Wittgenstein (lecteur de Spengler) quant à la nature de son travail ne sont pas étrangères à cette idée. En 1931, après avoir noté un fragment de thème musical, 

Wittgenstein commente : « Ce serait la fin d’un thème que je ne connais pas. Il m’est venu aujourd’hui alors que je réfléchissais à mon travail en philosophie & me suis dit : “I destroy, I destroy, I destroy —”. » « I destroy », en anglais dans le texte. Il y a quelque chose de fascinant dans le fait de penser à la philosophie en musique et quelque chose de terrifiant aussi dans cette idée que, en définitive, Wittgenstein ait pu avoir le sentiment que ce qu’il faisait n’était pas si important que cela, pas aussi important, par exemple, que composer une grande œuvre musicale, et si c’est effrayant, ce n’est pas tout à fait faux. Mais il y a encore une autre idée dans ce fragment musical, et son commentaire, lui-même fragmentaire : quand elle est lucide — et, s’il y a bien quelque chose qu’est Wittgenstein, c’est lucide —, l’humanité occidentale tardive se rend bien compte qu’elle est fatiguée, que ce qu’elle a accompli de grand est derrière elle, et qu’il ne lui reste plus qu’à recycler des thèmes éculés (le thème de Wittgenstein est passablement romantique, ce n’est pas un thème à la Schönberg, par exemple, plutôt à la Brahms, ce n’est pas indifférent, tant s’en faut, car c’est la musique qu’il entendait “dans sa tête” et que la musique que l’on entend “dans sa tête” en dit long sur la manière dont cette tête est faite), ou à détruire ce qui a été fait précédemment (quand on veut être poli ou avoir l’ait intelligent — de moins en moins, Dieu merci —, on dit “déconstruire”, mais qui connaît l’histoire philosophique de ce mot sait que cela revient au même). À qui ne peut consentir à se laisser enfermé dans cette alternative — ou recycler ou détruire —, que reste-t-il ? Tenir son journal (que personne ne lit) ? Écrire des romans (que personne ne lit) ? De même que, pour reprendre la fourche de Spengler (« les preuves » et « le succès »), l’histoire des sciences peut être lue comme l’histoire de la succession des théories fausses, il faudrait parvenir à s’affranchir du succès comme mètre-étalon de la valeur. La croyance au succès est en effet la caractéristique des peuples sans esprit (sans “spiritualité”, pourrait-on dire), qui n’ont pas de foi, qui ignorent le renoncement, le différer, le remettre, la lenteur, le retard par lequel on s’émancipe de l’heure, et la discipline que tout cela présuppose et implique, qui n’ont de faveurs que pour la satisfaction immédiate, la consommation, qui ignorent la patience de l’épargne (s’épargner, épargner l’autre comme vertu supérieure, mansuétude, clémence, amour), qui n’ont de sens que pour la dépense, et gâchent, croyant réussir, ratent, disparaissent. Et ce, alors même qu’il faut savoir être immobile, presque, trouver cette vitesse où le mouvement devient indiscernable du repos, le temps qui s’étire tant qu’il semble aussi bien fini qu’infini.

La roue mentale

JS
, 03/04/2025 | Source :

2 avril 2025

Christine Jeanney, dans son Block note :

Quelle enfance ont eu tous ces gens. Des mâles, pour la plupart, nourris à la compétition, au mythe de la conquête, nérons et attilas. Quel dommage qu'ils ne se passionnent pas pour candy crush, le scrapbooking ou la poterie. Ils n'ont pas lu Darwin. La vie est plus puissante lorsqu'elle coopère. Dominer est ponctuel et fragile.

Oui, c'est ça, je ne sais pas quand ça commence, mais la loi du plus fort, la société n'a jamais vraiment réussi à l'empêcher, et ça nous mène à cette accélération vers le pire, toujours un plus fort va venir. Et puis parfois, dans un timing compliqué, délicat, impossible à prévoir, il y a une accalmie temporaire, le plus fort est en prison, ou s'est fait tuer par un autre plus fort qui était le peuple organisé et insurgé, et on peut respirer un peu, l'égalité semble possible, on écrit des lois qui maintiennent, un temps, les plus forts en retrait, jusqu'à ce qu'ils trouvent et créent des failles, etc. Et on se rend compte que ce n'était pas fini mais il est déjà trop tard, on est dépassé.

Les idées de droite se répandent aussi par la facilité qu'on les gens qui les colportent de les dire, d'être à l'aise, alors que par exemple moi, au même endroit, avec la même consommation, sans sucre, j'ai payé ma place aussi, je ferme ma gueule.

J'aurais vraiment besoin de pouvoir comparer les comparateurs de tarifs Gaz/Électricité, parce que là, ça ne va pas du tout. Quel outil fera ça ? Sinon, une bonne vieille nationalisation, monopole public, hein, pourquoi faire payer des prix différents selon l'opérateur d'une source d'énergie. Je ne suis pas vraiment prêt pour ce monde où un opérateur de téléphone qui a commencé comme comparateur de forfaits en 1999 peut devenir fournisseur d'énergie. Il y a trente ou quarante opérateurs d'électricité, une vingtaine pour le gaz, je ne trouve même pas de chiffre exact, de liste sûre, des soixante Bernard Tapie à qui la réforme de privatisation, de mise en concurrence, comme ils disent, a vraiment servi.

Marine Le Pen a ragequit le tribunal. Rachida Dati menace de frapper une fonctionnaire de l'Assemblée Nationale.

Simone Weil, écrit, en "juin ou juillet 1937" [1]

Celui qui inventerait une méthode permettant aux hommes de s'assembler sans que la pensée s'éteigne en chacun d'eux produirait dans l'histoire humaine une révolution comparable à celle apportée par la découverte du feu, de la roue, des premiers outils.

Plus loin, dans le même texte repris sous le titre Méditation sur un cadavre :

Le cours du temps est l'instrument, la matière, l'obstacle de presque tous les arts.

Je l'isole de sa suite (d'exemples menant intelligemment à la chose politique [2]), parce que c'est beau comme ça.

Ce qui est beau et fort à la fois, aussi, ce sont les cinquante Minutes papillon de Christine Jeanney, pour L'aiR Nu, et sur son site où l'on a droit au making of.


[1] La Condition ouvrière, folio essais.

[2] "Qu'entre deux notes de musique une pause se prolonge un instant de plus qu'il ne faut, que le chef d'orchestre ordonne un crescendo à tel moment et non une minute plus tard, et l'émotion musicale ne se produit pas. Qu'on mette dans une tragédie à tel moment une brève réplique au lieu d'un long discours, à tel autre un long discours au lieu d'une brève réplique, qu'on place le coup de théâtre au troisième acte au lieu du quatrième, et il n'y a plus de tragédie. Le remède, l'intervention chirurgicale qui sauve un malade à telle étape de sa maladie aurait pu le perdre quelques jours plus tôt. Et l'art de gouverner serait seul soustrait à cette condition de l'opportunité ? Non, il y est astreint plus qu'aucun autre. Le gouvernement aujourd'hui défunt ne l'a jamais compris."

block note - casse-tête

c jeanney
, 02/04/2025 | Source : TENTATIVES

Dans La Règle du jeu : "il y a une chose effroyable dans ce monde, c'est que tout le monde a ses raisons". Les petits lapins meurent pour du vrai, ce n'est pas du cinéma. Le personnage le plus sincère, sincère au point d'être assommant, meurt, ce qui ne change rien, au contraire, les structures retrouvent leur mécanique. On ne pourra pas échapper aux grands dangers, sans justice, sans récompense autre qu'une danse macabre sur un piano qui joue tout seul. Des femmes regardent les touches blanches et noires s'abaisser, se relever, sans mains qui les actionnent, des hommes regardent sur scène les déguisements s'agiter sans paroles. On regarde toujours depuis le présent, avec ses propres impossibilités de voir, avec chacune et chacun ses raisons. Les parapluies sont des armatures de baleine sans tissu, car il n'existe pas de protection. Quand vient la fin, les gens ne sont plus que des ombres en marche sur le mur du château, 1939. C'est un choc esthétique. C'est à dire que l'esthétique dévoile ce qu'on ressent profondément. Les émotions se mêlent de tout mais sont inefficaces à changer quoi que ce soit. Soit elles mentent, soit elles courent vers leur fin. D'abord, je suis happée par La Règle du jeu, c'est comme une pierre précieuse et compliquée, un hiéroglyphe, une boîte à mystères. Mais en creusant, je lis des choses terribles, des lettres antisémites envoyées à Vichy [1], "le critique cinématographique Pascal Mérigeau notant : « Renoir ne s'est pas opposé au courant dominant, […] il l'a accompagné, s'exprimant et se comportant comme le pétainiste convaincu que probablement il n'était pas, au service de la seule cause qui lui importait, la sienne propre. » Ma boîte mystère est disloquée, chaque pan éclaté, poubelle, placard, rangement, passer à autre chose. Mais c'est bien fait pour moi. Cette vieille habitude de vouloir trouver un porte-étendard à admirer est tenace, parce que j'ai été élevée dans le mythe du héros, du génie, de l'explorateur, du conquérant. Ce qui est ironique car justement dans La Règle du jeu il n'y a pas de héros, juste des gens. Voulant passer à autre chose j'écoute quelqu'une qui dit "évidemment mon livre est aussi nourri de rencontres [...] j'ai rencontré d'anciens présidents, mais totalement par hasard" (comme tout le monde j'ai envie de dire). Les inégalités la rendent triste. Elle dit avoir presque fait de la sociologie (presque). C'est compliqué, les gens.

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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)


[1] "A M. le Directeur de la Radio et du Cinéma [Jean-Louis Tixier-Vignancour]
14 a0ût 1940 Cagnes-sur-Mer
Monsieur le Directeur,
J'ai en Amérique deux très bons amis, Monsieur de Rochemont
qui avec son frère dirige la March of Time, et Robert Flaherty, l'auteur de Nanook, Moana, Elephant Boy, Man of Aran, qui collabore au Service Cinématographique de l'État à Washington. Ils insistent vivement pour que j'aille faire un film en Amérique. Ce sont des gens sérieux et de sincères amis de la France.
Je leur ai répondu que je devais m'en remettre à votre décision.
Je suis certain qu'ils comprennent mon désir de collaborer à la renaissance de notre cinématographe national. Mais ils ont l'impression que la production cinématographique ne pourra pas repartir chez nous avant plusieurs mois.
Je me permets de vous donner mon sentiment à ce sujet : ici sur la Côte-d'Azur le spectacle est lamentable. À côté de certains de mes camarades, véritables professionnels, la racaille que vous connaissez
continue à s'agiter. Et je n'entrevois pas encore les moyens de les éliminer. La seule chance de faire un film proprement c'est de trouver un commanditaire en dehors de ces gens-là. Ça n'est pas commode, et même dans ce cas il faudra bien passer par des indésirables pour avoir un studio et des moyens techniques.
Enfin il serait désastreux de faire un film pauvre pouvant donner au monde l'impression que le cinéma français est devenu un cinéma de deuxième ordre.
D'autre part j'ai tenté de communiquer avec les producteurs italiens au sujet desquels nous avons eu une conversation. Je n'ai pas encore de réponse de mes amis de Rome. Je suppose que en ce moment-ci ils doivent avoir d'autres préoccupations.
Bien entendu mon intention est de ne rien faire avant d'avoir leur avis. J'y suis tenu par des raisons morales, notre collaboration là- bas s'étant transformée en une forme d'amitié ; et par des raisons matérielles, les agissements de l'Information pendant la guerre m'ayant empêché d'exécuter mon contrat.
L'avantage de l'Amérique c'est que j'y travaillerais tout de suite. Or je dois travailler si je veux garder le peu d'action que je puis avoir sur le public et sur les commerçants.
Mais s'il existe une chance de faire rapidement quelque chose en France il est bien évident que je dois rester. Je vous demande de me dire si vous supposez que cette chance existe. Vous êtes Le responsable de notre métier, c'est à vous de me dicter ma conduite. Je m'excuse de vous déranger, je sais que votre temps est précieux, mais je suis persuadé que tout cas intéressant si peu que ce soit le cinéma entre dans vos préoccupations.
J'ai envoyé un télégramme en Amérique en réponse au dernier télégramme très pressant que j'ai reçu aujourd'hui. Je demande à mes amis de là-bas de patienter et d'attendre que j'ai reçu votre réponse.
Je vous prie de croire, Monsieur le Directeur, à mes sentiments de parfait dévouement.
Jean Renoir
"
(Jean Renoir, Correspondance - 1913-1978, éditions Plon)

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Jérôme Orsoni
, 02/04/2025 | Source : cahiers fantômes

Apprenant par le journal qu’une bijouterie avait été l’objet d’un braquage, hier matin, vers onze heures, à peu près au moment où je rentrais de faire mon jogging, rue de Rennes, c’est-à-dire par le chemin que j’emprunte pour revenir du jardin, j’ai été pris d’un léger vertige à l’idée que, peut-être, ma vie, c’est de manière indirecte que j’en prends connaissance, que je la vis. Si je n’avais pas consulté les articles de presse sur Google News, un peu comme on consulte les annonces immobilières sur selogerpointcom, je n’aurais jamais eu connaissance de ce cambriolage, lequel, donc, pour moi, n’aurait tout simplement pas eu lieu. Phénomène paradoxal — quelque chose a lieu qui n’a pas lieu — d’où l’on peut tenter d’inférer que, si personne ne nous racontait notre vie, nous ne la vivrions pas. Dans la plupart des cas, certes, ce n’est pas notre vie à nous qu’on nous raconte, c’est une vie un peu plus générale, ou une vie vécue par un autre que nous, mais nous n’avons pas les moyens de faire les difficiles tant nous avons peu d’imagination, alors nous la faisons nôtre, et c’est bien assez, et c’est bien ainsi. C’est de cette toile que l’immense majorité des romans sont faits, qui racontent la vie de quelqu’un qu’on ne connaît pas, mais qu’on aurait bien aimé être, si l’on en avait eu les moyens, si l’on en avait eu le talent. Que l’on y regarde d’assez près et l’on verra, en effet, que c’est ainsi que la plupart des romans sont faits, les romans et la culture dans son ensemble. Ce n’est pas seulement nombriliste de la part des auteurs de ces documents de barbarie, c’est aussi humiliant pour les gens que l’on supplie de les lire tout en leur disant qu’ils ne sont pas assez bien, pas suffisamment intéressants, pour être dedans. Pour une part, une part d’autant plus angoissante que je ne peux pas la mesurer, et pour cause : elle se passe sans moi, ma vie se passe sans moi. Toutefois, ce n’est pas ce qui m’a le plus étonné en survolant l’article qui relatait le fait divers de la rue de Rennes, mais qu’il y était question du, je cite, « chic 6e arrondissement de Paris », affirmation qui, pour moi qui y vis, dans ledit « chic 6e arrondissement de Paris », semble tout à fait discutable, ou alors, le chic, ce n’est vraiment plus ce que c’était. Dans mon « chic 6e arrondissement de Paris », notamment cette assez laide rue de Rennes, il y a principalement des commerces de seconde, voire troisième catégorie, des échoppes à kebab, et autres brasseries bon marché, bouillons où l’on n’a guère envie de mettre les pieds et encore moins les papilles ; l’odeur nauséabonde qui en émane quand on passe devant suffit à nous couper l’appétit. En fait, ce n’est pas tant que le chic n’est plus ce qu’il était, c’est que l’idée que l’on se fait de Paris est sans commune mesure avec la réalité de Paris. L’autre jour, alors que je regardais CNEWS (c’est quand j’étais malade), l’ineffable xxxxxxxxxxxxxxx, sans doute pour sauver l’apparence d’un humanisme auquel il est en réalité totalement étranger, sinon il irait bavasser ailleurs, a entrepris de défendre l’idée de Paris ville-monde en mentionnant le quartier du Montparnassse où, disait-il imprudemment, les artistes du monde entier sont venus, et caetera (on connaît la chanson). Affirmation qui n’était pas tant fausse que datée, datant du siècle dernier. Et moi, j’y reviens parce que c’est mon sujet préféré (j’exagère à peine), moi, qui vis à Montparnasse (encore qu’il ne soit pas besoin d’y vivre pour ce faire), je puis en apporter la preuve. Par exemple, au 26, rue du Départ, où se trouvait jadis l’atelier de Piet Mondrian, détruit en 1936 dans le cadre des travaux d’agrandissement de la gare du même nom, se trouve désormais la tour Montparnasse. Pour ne rien dire des brasseries, telle la Coupole où les artistes nommés Picasso, Chagall, Cocteau ont été remplacés par les touristes, et la réservation rendue obligatoire par cet afflux d’une population certes mondialisée, mais qui n’a vraiment rien d’une élite. C’est cela que j’appelle « le daté », expression que j’ai déjà employée, et qui me semble caractériser la mentalité intellectuelle des humains occidentaux de notre temps : nous vivons avec une image fausse de la réalité dans laquelle nous vivons, fausse parce que datée, c’est-à-dire qu’elle était vraie il y a cent ans, mais que le monde a changé, entretemps, et qu’elle ne l’est plus aujourd’hui, nous ne nous en sommes tout simplement pas aperçus. Voilà qui est regrettable. Les vers que Baudelaire consacrait aux transformations de Paris (« Le vieux Paris n’est plus, etc. », « Paris change ! ») sont d’une beauté toujours aussi déchirante, mais les changements auxquels Baudelaire assistait ne sont plus les nôtres. Nos idées vraies sont devenues fausses parce que le temps a passé mais pas notre pensée, qui est demeurée la même, et se trouve ainsi arriérée. Ce phénomène est causé par une sorte de distorsion entre l’espace et le temps : dans ces quartiers désormais destinés au surtourisme et à la consommation effrénée (ce ne sont que bars, magasins bas de gamme, terrasses pour les boit-sans-soif, et hommes noirs qui patientent, assis sur leurs bancs Davioud, entre deux repas, attendant là que les hommes blancs aient enfin faim), la forme de Paris ne change plus guère (la tour Montparnasse a un peu plus de cinquante ans, en effet), ce qui a changé, en revanche, c’est tout ce qui occupe la forme, remplit l’espace ; et les touristes ont remplacé les artistes. Ça rime, mais c’est bien tout ce qu’ils ont en commun. Nous — humains occidentaux —, par un mécanisme de protection collective qui nous empêche de nous sentir écrasés par le poids de cette vérité : nous ne sommes plus le centre du monde, et Paris n’est plus la capitale du siècle, c’est un parc d’attractions, une sorte de Parisland, ou de Parisworld, pour donner un contenu réellement positif à l’idée erronée d’un « Paris, ville-monde », nous continuons de vivre comme jadis, comme si la démocratie était le système politique le plus répandu sur terre, et qu’elle s’apprêtait ailleurs à s’imposer par sa force de conviction inhérente, comme si nous autres, Européens, nous n’étions pas en réalité devenue une minorité, la minorité du monde. Même la pensée décoloniale — en vérité, elle est déjà datée — repose sur cette distorsion entre l’espace et le temps : nous voyons le monde avec les cartes d’il y a cent ans, et c’est vrai que, du point de vue de la surface, c’est toujours pareil, mais à l’intérieur, pour ainsi dire, tout est changé. L’Européen, jadis maître du monde, ne règne plus sur rien, il vivote à la périphérie de l’histoire, où il veille sur le peu de bien qu’il lui reste : le fameux “patrimoine”, cet héritage dont il exploite la rente jusqu’à la nausée qu’il se donne à lui-même. Nous sommes une minorité qui ne veut pas se connaître telle, que personne ne veut reconnaître comme telle, et qui se trouve par là même vouée à disparaître. Nous nous berçons d’illusion ; c’est la mélodie lénifiante que nous chante le cygne. Au sommet de l’échelle de nos valeurs, Louis Vuitton a remplacé Louis Capet, et l’on sent bien qu’après la tête, c’est le cœur qui n’y est plus.

Avancées (14) : 2 avril 2025

Clément Alfonsi
, 02/04/2025 | Source : Anath & Nosfé

Dans la chronique consacrée à On•e d’Aurélie Foglia, je ne suis pas parvenu à dire tout ce que je voulais dire. Il aurait fallu une étude presque monographique : la question de l’implication, la question de la violence en poésie, la question du rapport de la syntaxe avec tout cela, -cela méritait bien plus. J’ai dû en rester à des impressions, le temps et l’énergie jouant en ma défaveur. Aurais-je dû laisser tomber ce weekend-ci et préparer un plus long travail en deux semaines ? J’avais envie, cette semaine, de parler du livre Les Œuvres liquides de Pierre Vinclair, aussi suis-je passé succinctement sur des éléments immenses.


Depuis longtemps je songe à un article qui serait une sorte de suite à « Faire connaître la poésie contemporaine », que j’avais écrit il y a bientôt deux ans et qui avait suscité plus de réactions que d’habitude, du fait que ce champ est inexploré pour tous, hors d’un cercle qui ne doit pas contenir plus de 5000 personnes en France. Il faudrait faire un point d’étape, avec les lectures récentes. Tant d’études transversales sont possibles ; je pense par exemple au thème du deuil, qui traverse beaucoup de mes lectures, -mais est-il majeur dans la poésie contemporaine ou seulement dans mes propres obsessions ? Sur le vers et sur la syntaxe, d’autres le font bien mieux que je ne pourrais le faire. Je pensais aussi aux questions de structure des recueils, qui semblent moins intéresser les critiques. Quelque chose autour de la « poétique du livre de poésie », -mon sujet de master sur Philippe Desportes était consacré à la « poétique du recueil », -j’ai failli enchaîner avec une thèse sur cette question, mais les poètes du corpus m’intéressaient très moyennement, et j’avais plus intéressant à faire dans ma vie qu’une thèse.


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En lisant une chronique sur Théorème de l’inachèvement de Christophe Condello, je m’aperçois que j’ai sans doute fait une erreur d’interprétation sur la question du deuil. L’autre chroniqueur y voit plus nettement le deuil du père, tandis que j’étendais le deuil à plusieurs figures, changeantes selon la section du livre. Peut-être ai-je fait une erreur, mais ce qui me frappe surtout, c’est qu’erreur ou pas, je préfère ma version : le livre me semble permettre cette extension du deuil, ce flottement riche de sens. Christophe aurait peut-être son mot à dire sur la question, sur ses intentions, -ou alors, plus subtilement, il laisserait l’incertitude sur les intentions, pour que le texte rayonne plus loin.


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Les copies de brevet blanc accaparent l’essentiel de mon temps libre. Je n’ai écrit aucun poème cette semaine. Je lis Les Œuvres liquides de Pierre Vinclair. J’essaierai de le terminer et de produire une chronique pour dimanche.


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Pour conclure, ceci est un poisson d’avril à mon effigie, selon un artiste de 3e.

minute papillon 50, "qui a le pouvoir"

c jeanney
, 02/04/2025 | Source : TENTATIVES

Une minute papillon est un collage sonore d'une durée approximative d'une minute, reprenant du matériel audio existant en le recousant, recoupant, réajustant, bricolant, malaxant.
Toutes les minutes papillon paraissent initialement sur le site du collectif L'AiR Nu.

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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)

Équivalence

JS
, 02/04/2025 | Source :

1er avril 2025

Il fait froid.

Quelques mises à jour de sites Spip et Wordpress. L'augmentation des risques provoque une accélération des mises à jour.

Une alliance d'accord pour contester que la justice s'exerce sur les élus consiste en : Marine Le Pen, Jordan Bardella, Gérald Darmanin, Nicolas Sarkozy, Jean-Luc Mélenchon, François Bayrou, d'autres encore ; on se souvient de Patrick et Isabelle Balkany. Même combat. Quant aux chaîne d'information en continu : tout sur les répercussions politiques, rien sur la raison de ces réquisitions. Ce mépris de la justice est un mépris de la démocratie, pour chacun·e de celleux-là, on le savait, leurs réactions face aux erreurs de gestion qui sont pointées, en accord avec la loi votée par le législateur, sont toujours pour elleux des "procès politiques". C'est vouloir la jungle, le non-droit, la loi du plus fort, exclusivement pour les élu·es, "s'en remettre aux urnes plutôt qu'aux juges", on dirait Pablo Escobar cherchant à obtenir des avantages, immunité et facilité de déplacement en se faisant élire suppléant à la Chambre des représentants en 1982. Ce sont des comportements de nature mafieuse.

Heureusement, il existe une presse libre (donnez de l'argent à Médiapart), mais pour le moment aucun parti ne sort du lot, ne semble pouvoir offrir une représentation digne et massive...

Il y a une accélération du pire. Comme une chute, sans fin, car la gravité est une force d'accélération, ou réciproquement (principe d'équivalence posé par Einstein). Ce qui semble sans espoir. Pour arrêter une chute, il faut un sol, en dur.

Désormais, sur ce site, on peut froisser la page (voir sur le côté (ou en-dessous sur téléphone)), et partager l'article (ou l'inclure). Sans parler du soutien financier (que vous pouvez froisser et partager).

En France, en 2024, plus de 800 startups ont été créées dans l'IA. Beaucoup de gaspillage d'argent.

Cependant, quelle est la meilleure version de 4'33'' de John Cage ? C'est la question que se posent Martin Feuillerac, Jésus Aguila, Catherine Schönestille et Pierre Girod pour comparer des versions enregistrées de 4'33''. Une émission d'une heure passionnante, imaginée et fabriquée par David Christoffel.

Ricochets/ Année 2 / Semaine 13

Laura-Solange
, 02/04/2025 | Source : JARDIN D'OMBRES

 


1/ Nous ne sommes plus que des silhouettes contemplant un monde qui s'effrite de toutes parts, dans lequel on ne se reconnait pas, et qui s'efforcent de continuer à être. Les formes du devenir sont de plus en plus incertaines, et les idéaux embrassés dans la jeunesse tremblent sous les tumultes. Quelles aubes de promesses pour ces lendemains qui gémissent ? Le monde remue tout autour et les abris sont précaires.

2/ Par-delà les inquiétudes, les tracas ou les incertitudes d'un quotidien toujours chamboulé par des contrariétés, parvenir à se recentrer. Ce n'est pas toujours chose facile. Relativiser et faire le tri entre les plumes que l'on vient de perdre et sa vie qui se déroule, somme toute, sans trop de perturbations. Reprendre la navigation sur la rivière des jours, les yeux davantage ouverts pour rester vif et en possession de soi.

3/ La fleur du magnolia aux pétales bien serrés, aux échos d'une vie encore dormante, inconnue, est pâle de ce rose dont rêvent les petites filles. Aussitôt plongée dans un verre d'eau, la fleur pulse ouvre grand ses pétales, avide de lumière, prête à repousser le ciel, à hypnotiser le passant, à éclabousser de sa présence comme une flamme. On ne sait pas qui parle mais on ne peut que l'écouter.

4/ La toile est bien tendue au devant du seuil. Le ciel reste à interroger. Il va bien falloir entrer dans la ronde de ce jour, examiner les possibilités de ce corps endolori au matin, auquel donner un peu de temps pour se mettre en route, et lui permettre de mobiliser l'énergie nécessaire. Le premier regard posé sur le dehors va donner la tonalité et l'élan pour la chorégraphie du devenir.

5/ Dans les voix, il y a des arbres qui vibrent. De la sève coule diffusant une tonalité, un phrasé, une émotion, une sensibilité. C'est comme un morceau de nuage qui s'épanche et sème des gouttelettes qui pigmentent les cordes vocales. Et dans les arbres il y a des voix qui murmurent., tremblent sous les écorces dans des vapeurs de brume. Comme un enfant, poser son oreille sur le tronc: écouter.

6/ Ce ne sont que lambeaux qui s'agitent, brûlent parfois, se démènent sous la lauze frontale. Cela parle en dedans alors que dehors le jour, frémissant dans les buissons et sous les branches des bouleaux, tente de naître encore une fois. Des gouttelettes qui glissent sur les vitres, obstruant ce qui au-delà est la vie commune, il faut faire son miel et nourrir le verbe sans fin, au creux des doigts.

7/ Attente de la mise en feuilles des bouleaux. Besoin réel de printemps comme d'un verre d'eau fraîche. Nécessité d'un renouveau, des renaissances de la nature, de la chaleur du soleil sur la peau, de la vision de fleurs éparses au sol. S'apercevoir que l'on a besoin du rythme des saisons pour s'inscrire dans le temps, même si nous progressons vers un improbable avenir. La lumière des mots ne suffit pas.



1425

Jérôme Orsoni
, 01/04/2025 | Source : cahiers fantômes

Quand on ne sait pas s’il faut en rire ou en pleurer, ce peut être l’annonce d’une dépression prochaine ou d’un climat de distorsion entre le monde et le moi, le moi — qui que ce soit au juste et quoi que ce soit au juste que « moi » et moi — se trouvant en déséquilibre, là où, jusqu’à présent, il se tenait à peu près droit, quelque chose se dérobe, peut-être que tout s’était toujours dérobé et qu’il vient tout juste de s’en apercevoir, peut-être qu’il n’y a jamais eu de fondement, jamais de roc réellement dur sur lequel la bêche de nos certitudes eut pu venir se tordre et se briser, et alors il faudrait en rire, peut-être aussi que tout s’effondre, que tout s’est effondré il y a bien longtemps, que les certitudes ni les illusions ne sont plus pour nous, et alors il faudrait en pleurer, on ne sait pas, ou bien l’on sait que les deux en même temps sont des attitudes vraies, rire et pleurer, et alors c’est la dépression. Quand on consulte la fiche Wikipédia xxxxxxxx xxxxxxxx xxxxxx xxxxxxxxx xx x xxxxxx xx x . xxxxxx x x x x xxxxxxx xxxx x xxxxxxxxxxxxx xxxxxxxx x x x xxxxxxxxxxxxxxx xxxxxxxxxx x xxxxxxxx xxxxxxxx xxxxxx xxxxxxxxx xx x xxxxxx xx x . xxxxxx x x x x xxxxxxx xxxx x xxxxxxxxxxxxx xxxxxxxx x x x xxxxxxxxxxxxxxx xxxxxxxx xxxxxxxx xxxxxxxx xxxxxx xxxxxxxxx xx x xxxxxx xx x . xxxxxx x x x x xxxxxxx xxxx x xxxxxxxxxxxxx xxxxxxxxx xxxxxxxx xxxxxx xxxxxxxxx xx x xxxxxx xx x . xxxxxx x x x x xxxxxxx xxxx x xxxxxxxxxxxxx xxxxxxxx x x x xxxxxxxxxxxxxxx xxxxxxxxxx x xxxxxxxx xxxxxxxx xxxxxx xxxxxxxxx xx x xxxx (*) Il y a une médiocrité qui aurait quelque chose de comique si tout cela ne se paraît des apparences de la profondeur, de la conviction, du combat politique et de l’engagement. Ces individus peuplent notre petit monde social, et la situation politique mineure que nous vivons depuis hier, dans le psychodrame classique de la postmodernité occidentale, où le tragique s’obscurcit en néant jusqu’à ce qu’il ne soit plus possible de les distinguer l’un de l’autre, n’est que le prolongement des fantasmes auxquels une certain façon de voir le monde — partiale, unilatérale, convaincue de sa véracité et satisfaite d’elle-même — donne lieu : à force de fantasmer, quelqu’un finit toujours par passer à l’acte. Car, ce n’est pas tant notre inconscient qui serait collectif que notre fantasme, lequel n’a rien de dissimulé, de latent, de caché, mais se trouve là, à la vue de tous. Il n’y a rien qui ne soit politique, ne cesse-t-on de nous rabâcher depuis un peu plus d’un demi-siècle — pas plus la science que le fond des petites culottes, pas plus les orgies de Néron que l’interprétation de l’art pariétal préhistorique —, par quel miracle, dès lors, se pût-il qu’un domaine de la vie sociale y échappât ? C’est une fiction si mauvaise qu’on voit bien qu’elle ne tient que par des articulations rhétoriques qui bafouillent grossièrement. Le fantasme est le nez au milieu de la figure de Cyrano : tout le monde le voit, tout le monde tremble de le nommer et, la tirade est trop célèbre pour la rappeler, on apprend à ses dépens ce qu’il en coûte de violer l’interdit. Mais c’est un peu court car, si l’interdit se viole, c’est dans les deux sens, et la société, c’est cela : la sens autorisé de la violation. C’est trop bête — je veux dire aussi : trop évident —, mais tant pis : il n’y a pas société plus effrayée par ses propres tabous que celle qui prétend « en finir avec les tabous ». En rire ou en pleurer, mais de quoi ? De tout. Comment échapper au sentiment lucide que tout est plongé dans cette indétermination de bêtise, d’absurdité, de tricheries mesquines ? Si, vers la fin, on a l’impression de ne plus pouvoir se fier à rien, ce n’est pas que l’on soit revenu de tout, qui a déjà été fait, qui plus est, mais que les conditions d’une confiance ne sont tout simplement pas réunies et ne le seront peut-être jamais, voire ne l’ont jamais été. Tant que les dogmes sont puissants, l’illusion s’entretient, mais dès que les lumières se mettent à briller, l’illusion détruite, les dogmes n’ont plus force de loi, apparaissent au contraire pour ce qu’ils sont, comme tout le reste, à savoir : des constructions où l’arbitraire et la partialité ne sont pas plus absents qu’ailleurs. Le processus égalitaire, pourrait-on dire, ne connaît pas de terme, de fin, il s’applique à tout, indifféremment, ainsi le veut l’égalité, qui ne fait pas de différences, qui est l’annihilation des différences. L’immanence totale est une ontologie plane, où les entités se peuvent multiplier à l’infini (rien ne les retient qu’elles-mêmes), mais qui se trouve aussi sans reliefs. Or, dans cette absence de reliefs, se manifeste l’absence de raison de préférer une chose plutôt qu’une autre (est-il étonnant que l’immanentiste soit fasciné par la figure de Bartleby ?), de préférer toute chose à toute autre, de préférer quelque chose à rien, de préférer sa perpétuation à sa disparition pure et simple ? Il n’est pas contraire à la raison égalitaire de préférer la destruction du monde à n’importe quoi. À la fin du processus d’égalisation, il n’y a rien qui soit préférable à rien. Quand tout se vaut, toutes les valeurs se valent qui sont égales au même, égalent à zéro (= 0). L’égalitarisme n’est pas une forme de nihilisme en soi, c’en est le préliminaire le plus naïf qui soit. Il gonfle sa poitrine d’espoir et s’anéantit dans le désespoir de la course aux profits et de la raison du plus fort. Ou l’univers humain réduit à sa plus pure et plus parfaite imbécilité.

(*) Dans la version “en ligne” de ce journal, les passages surlignés de la sorte xxxxxxx xxxxxxx indiquent une censure a priori pour des raisons personnelles, politiques, paranoïaques, politico-personnelles, ou purement esthétiques. Ces passages ne sont pas destinés à être dévoilés dans un avenir proche ni sans mon consentement avant ma mort, après quoi, évidemment, chacun fera ce qu’il voudra, et probablement rien.