16.II.26

Jérôme Orsoni
, 16/02/2026 | Source : cahiers fantômes

Ce n’est pas la peine de se morfondre : peut-être que le monde va trop mal pour aller bien, mais ce n’est pas une raison d’aller mal, en vérité, si l’on ne va pas bien, parce qu’on ne peut pas aller bien, parce qu’il est en un sens immoral d’aller bien dans un monde pareil au nôtre, il n’est sans doute pas nécessaire d’aller mal, en tout cas, cela ne fait rien avancer, n’apporte aucune solution, aucun réconfort, aucune perspective d’amélioration, oui, voilà, aucune perspective d’amélioration, c’est ce que je veux dire. Il faut toujours qu’il y ait une perspective d’amélioration, sinon la vie est comme morte-née, non ? Ce n’est pas ce que j’ai pensé aujourd’hui, cela — que, s’il n’est pas possible d’aller bien, il n’est pas nécessaire d’aller mal —, je l’ai pensé il y a quelques jours. Qu’est-ce que j’ai pensé aujourd’hui ? Rien. Ou non, j’ai pensé ceci : que l’élite était dégoûtante. On nous rabat les oreilles avec le fossé qui se creuse entre le peuple et les élites — c’est un des lieux communs assommants de la pensée contemporaine, du moins de qui en tient lieu, la singe grimaçant —, mais rien n’est moins vrai : il n’y a pas de différence de nature entre le peuple et les prétendues élites (qui, de fait, n’en sont pas, ne sont pas, sinon l’avant-garde de la culture, n’exagérons rien, au moins le poste avancé qui entraîne à sa suite), même pas une différence de degré, non, rien qu’une différence de capital : entre le producteur d’Intervilles, le concepteur de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris, un quelconque créateur de contenu sur TikTok, ou je ne sais quel autre ersatz de culture, et le consommateur, le spectateur, le téléspectateur, il n’y a pas de différence essentielle, la seule différence est que, d’un côté, il y a quelqu’un qui gagne de l’argent et, de l’autre, quelqu’un qui en perd en faisant gagner de l’argent au premier, mais c’est la même culture, exactement la même culture, le même régiment de sentiments, le même ordre d’idées, seul l’ordre de grandeur change, le goût supérieur n’existe plus, au nom de l’égalité, on l’a supprimé, sans comprendre que, ce faisant, on ne supprimait pas l’inégalité, loin de là, mais simplement le goût qui, devenu ainsi le même pour tous, s’affadit, jusqu’à n’en plus avoir aucun. Il y a encore un peuple et une élite, ce sont les consommateurs et les producteurs, mais il n’y a pas de fossé entre eux, ils partagent la même et unique vision du monde, dans laquelle le capital a supplanté toutes les valeurs (l’obsession du Français, autrement, ne serait pas le pouvoir d’achat, i.e. le capital, par exemple). Mais, comme je viens de le dire, si ce n’est pas une raison d’aller bien, ou alors, c’est ce que ça va vraiment mal, ce n’est pas non plus une raison d’aller mal : ce n’est pas parce que le monde va mal que, moi aussi, je dois aller mal, cela ne rendra pas le monde meilleur, qui se moque de mes sentiments. Mais comment le changera-t-on, alors, le monde ? Comment le rendra-t-on meilleur ? N’as-tu pas l’impression que, chaque fois qu’on a essayé de rendre le monde meilleur, on l’a rendu pire, le monde ? Et ta « perspective d’amélioration » ? On peut toujours rêver, non ?

Petit bonbon lyrique

Anaïs Alfonsi
, 16/02/2026 | Source : Anath & Nosfé

Allongés sur la terrasse froide

Nous cherchions des yeux sous la voûte

Céleste

Des constellations

Aux noms étranges mythologiques consonants

Cassiopée Céphée Centaure

Et des étoiles

Alioth Eltanin Adelbaran

Et je crois que nous étions

Étrangers à nous-mêmes

Étrangers à tout sauf à ce ciel sans visage

Et une chanson

Disait :

– Let’s move somewhere near the northern skies
And watch the northern lights
And watch the northern lights.

Maximilien Luce, Camaret – clair de lune et bateaux de pêche, 1894.

16/02/2026

baptistetheryguilbert
, 16/02/2026 | Source : reprise/reprise

J’arrive enfin à finir cet article sur mes dernières lectures. Je lis la retraduction de la dernière pièce de García Lorca par Thibaud Croisy, je fouille dans ma bibliothèque à la recherche d’extraits de Didi-Huberman et de Benjamin, je recopie un extrait de journal, je regarde à nouveau la vidéo bouleversante de Rocío Márquez dans les mines, j’écris à ce sujet, je fais un mélange de tout ça — miscellanées, à la suite de ceux de Dore, pour ainsi dire — et même si je sors (aller chez la psy, boire un café avec Côme, sortir avec Micka), en revenant chez moi, j’y reviens, je corrige, j’augmente. Puis j’envoie.

Je prends le tram jusqu’à Porte des Lilas et je marche un peu sous la pluie, à peine abrité par mon parapluie cassé que je jette dans une poubelle, au bout d’un moment. Je prends un verre, je me mets sur la terrasse couverte. Dore arrive. On papote cinq minutes puis on rentre dans la salle. Le concert tarde à commencer. Il commence. Les trois musiciens entrent sur scène. Les deux frères, le violoniste et le violoncelliste, puis Yom au centre avec sa clarinette, qui commence par souffler à peine (il n’y a pas de son, juste le bruit de l’air et des touches), puis les notes qui viennent, la gamme orientale qui se déploie dans tous les sens, parfois du klezmer pur… Je pense à autre chose. J’ai Dore à côté de moi. Un peu avant la fin du concert, je passe ma main derrière sa tête, je commencer à lui gratter les cheveux, il se plie en deux et pose sa tête sur mes cuisses, alors je continue à lui gratter la tête d’une main, et à lui masser doucement le haut du dos de l’autre. Le concert se termine. On applaudit. Petit rappel. Puis on sort de la salle. On marche vers Porte des Lilas. On parle de la musique puis d’autre chose. Le tramway n’arrive pas avant une vingtaine de minutes, je décide de marcher encore un peu avec Dore. On passe par un Indien qui nous fait des nans au fromage, qu’on mange en montant la rue de Belleville jusqu’à Télégraphe sous une pluie légère. Je le ramène jusqu’en bas de chez lui, je l’embrasse puis je me dirige vers l’arrêt du bus qui m’emmène jusque chez moi sans que j’aie à l’attendre : il arrive quand j’arrive.

Nuit.

J’arrive à Porte de Clignancourt un peu à la bourre. Je cherche l’adresse sur mon téléphone — je ne suis jamais allé chez Pierre —, je marche le long du boulevard Ney, j’arrive chez lui. Je monte les étages. J’entends la voix de Pierre et celle de Dore, arrivé quelques minutes avant moi. Pierre a fait la tisane et il a acheté de la brioche aux pépites de chocolat. On discute un peu puis on s’y met. Je sors l’appareil photo. Dore en prend déjà depuis le début. Ça habitue Pierre à la présence de l’appareil. On se met sur le petit balcon. Je lui demande telle ou telle chose. Dore aussi. Il se change. Dore le prend en photo pendant qu’il se change. Moi je détourne le regard, évidemment. On continue à prendre des photos ici ou là. Puis on retourne au canapé, à la tisane et la brioche, à nos discussions. Je suis très câlin avec Dore, ce qui me fait dire : j’en profite, puisque ce soir je devrai être davantage sur la retenue, puisqu’il y aura Max. Pierre nous pose des questions à ce sujet. On dit qu’on est juste pas démonstratifs devant Max. Puis Dore parle de Max et des quelques difficultés relationnelles notamment liées à son trouble anxieux. Pour plaisanter, Pierre sort le DSM et fait semblant de le diagnostiquer. Puis il me donne les épreuves de son prochain livre, que je dois présenter aux Mots à la bouche le mois prochain. Il va bientôt être 19 heures, il faut que je repasse par chez moi déposer mes affaires, me changer, manger quelque chose avant d’aller à la soirée ; Dore doit faire un peu de ménage. On remet nos vestes et nos chaussures. On s’en va. On se laisse à la Porte de Clignancourt, je vais pour l’embrasser, il dit : non, pas ici — ce qui me fait rire et me fait penser quand, dans le tramway, Max a dit à Dore, alors qu’ils se tenaient la main : évitons — par peur de l’embrouille.

J’achète une bouteille de Ricard et un sandwich triangle et je me dirige vers Place des Fêtes. Quand j’arrive à l’appartement, Dore est torse nu, Romain et Anatole viennent d’arriver, ils se déchaussent, et Max se tient dans l’embrasure de la porte de la cuisine. Je dis bonjour à tout le monde pendant que Dore va mettre quelque chose. Ça me fait plaisir de voir Max, pas vu depuis longtemps. On se met dans le salon. On nous sert le vin orange ramené par Romain et Anatole — content d’en profiter avant l’arrivée des autres qui, de toute façon, selon nous, auraient été trop ivres pour en profiter (pour nous, la soirée débute à peine, il est 20 heures 30). Les gens arrivent au compte-goutte, P-E et Damien, le coloc, Bellamy un peu plus tard, d’autres gens qui, à peine arrivés, se réfugient dans la cuisine et que je ne vois même pas avant qu’il soit minuit et l’heure pour certains d’aller à la soirée. Max, le coloc et d’autres restent encore à l’appart pour le moment. En partant je me dis : ça va, Max a l’air de plutôt bonne humeur ce soir, puis il n’est pas seul, sa meilleure amie est là. On descend. On croise le mec du coloc qui était au théâtre : il passe par l’appart et nous rejoindra plus tard. Je pars avec un des taxis. À l’intérieur, Bellamy, Dore, P-E, Damien et moi. Les verres de Ricard bus après le vin commencent à me monter à la tête : parfait. On arrive au Dock B. On montre nos billets, on met nos vestes au vestiaire et on retrouve le reste du groupe, Romain et Anatole, Vincent et un ami à lui, Maksim. On va prendre un verre, on écoute un peu la musique, il n’y a personne pour le moment, on retourne à la mezzanine pour papoter. Anatole nous fait tester un parfum, il nous en met sur nos poignets. Tout le monde se renifle. Vincent demande à Dore de faire les présentations : c’est vrai qu’il commence à avoir certaines personnes ici dont j’ignore le prénom, et réciproquement. Il me présente les gens. Puis il me présente. Vincent éclate de rire et lui dit : tu présentes Baptiste et la première chose que tu dis c’est qu’il est écrivain. Ce qui le contraint à se reprendre. Quelqu’un d’autre lui dit : définit votre relation. Dore répond comme il peut — et le fait plutôt bien, vu les circonstances, l’effet de groupe, ma présence à ses côtés. Il dit quelque chose comme : c’est un proche. Puis : un polycule. Puis : un amoureux. (J’adore ce dernier mot, c’est celui que j’utilise aussi — parce qu’il faut définir pour les autres, parfois, forcer les choses à avoir un nom.) Je coupe court à la discussion en disant que je veux visiter : moi, je ne suis jamais venu ici, je ne connais pas les lieux. J’embrasse Dore dans le cou, j’embarque Bellamy et on fait le tour du lieu. Ok. Après tout est beaucoup plus confus. Romain m’offre un verre que je bois d’une traite parce que je veux aller danser. La musique est vraiment super. Tout le monde vient devant. Les gens commencent à arriver. Des inconnus. Et des amis. Le coloc et son mec. Jap et des potes à ellui. Toujours pas de signe de Max : il doit être toujours à l’appart avec sa meilleure amie et les autres. On danse de plus en plus. J’adore ça. Derrière le DJ y’a une scène surélevée. Un gars aux cheveux et aux sourcils décolorés y monte et danse très lentement, les membres rigides. Le mix continue. Magnifique. Je souris tellement. Je crois que je danse les yeux fermés pendant quelques minutes, parce que quand je les ouvre à nouveau je vois que Dore est revenu, qu’il est juste à côté de moi et qu’il danse comme une folle — j’adore ça. Je vois qu’un gars me jette des regards depuis tout à l’heure. Ok. Pour l’instant je danse. Enfin, je continue de danser. Le coloc nous prend en photo, Bellamy, Jap et moi. Le gars de tout à l’heure continue de me jeter des regards. Il est plutôt mignon, en fait. Il est à côté de Dore. Je vais voir Dore, je profite d’un moment où il danse moins — il accroche sa veste à la barrière — pour l’embrasser un peu, lui dire deux mots, puis je reprends la danse, cette fois plus près du gars. Je continue, ok. Je passe ma main dans son dos, puis dans sa nuque, il passe devant moi, danse devant moi, je passe ma main sur son ventre, sur sa poitrine, je serre sa gorge, il renverse sa tête sur moi, je l’embrasse. J’ai mon autre main sur le cul ou le dos de Dore, qui se fait draguer par un autre gars, qu’il embrasse aussi. On s’embrasse un peu tous les deux. Puis je reviens au premier. On danse un peu. Il dit qu’il s’appelle Romain — encore un Romain — et demande mon prénom. Quand je dis que je m’appelle Baptiste, il éclate de rire. Il dit qu’il vient de se faire larguer par un garçon qu’il aimait beaucoup et qui s’appelait Baptiste. Je dis que ce n’est pas moi, et qu’il s’il veut je peux changer de prénom pour ce soir. On s’embrasse à nouveau. On reprend. On danse. Les gens vont, viennent, je crois. J’en perds de vue certains. Bellamy s’absente, il me dit qu’il va taper dans les chiottes. Je continue, je continue. Je commence à avoir un peu soif. Pile à ce moment-là, Maksim me dit qu’il va chercher à boire. Je lui dis que j’en ai besoin aussi. Il me prend par la main et me tire à travers la foule jusqu’au bar. Je lui dis à l’oreille que quand il me tient la main comme ça, pour quitter le devant de la scène, j’ai l’impression qu’on va aller se sucer aux chiottes. On boit un grand verre d’eau, il reprend ma main et on retourne devant la scène. On ne se lâche pas. Je caresse ses cheveux. Il m’embrasse. Il embrasse bien, j’adore. On danse. Je vois un garçon qui me rappelle quelqu’un dans le petit escalier qui monte jusqu’à la scène surélevée derrière le DJ. My god, c’est Jehan, un pote du lycée. Il me fait un clin d’œil. Puis il monte sur la scène. Il enlève une de ses mèches afros et joue avec. Il fait le show. Il danse mieux que personne. Ça me fait penser à Sweety Grace sauf que Sweety Grace n’existait pas. Là c’est super réel, c’est Jehan qui, apparemment, depuis les années lycée, est devenu une grande folle à talons et froufrous, lentilles claires et crème argentée sur sa peau noire. À la fin de son show, je quitte un instant Maksim et les autres pour aller lui faire la bise et lui dire à quel point je suis content de le voir. Je retourne vers la bande. La musique change, c’est un peu moins bien je trouve, avec Maksim on retourne sur la mezzanine, on fait coucou à Romain et aux autres qui papotent tranquillement, et on se pose tous les deux dans les canapés. On s’embrasse. Il s’allonge et pose sa tête sur mes cuisses, je lui gratte les cheveux. Il me pose des questions sur ma relation avec Guillermo, sur ma relation avec Dore. Justement, Dore arrive, il s’assied en face de nous, je lui prends la main, je lui caresse la paume, je lui souris, on discute un peu tous les trois. Max arrive. Je reste un peu avec Maksim, on continue à discuter et à s’enlacer. Bellamy passe, il a l’air complètement défoncé, on discute un peu, il me demande à l’oreille qui est le garçon dans mes bras, il me demande si c’est Ari, j’ai un fou rire, je lui dis que non, c’est Maksim, l’ancien coloc de Dore, et il repart. On quitte les canapés et on redescend vers la scène. Il y a beaucoup plus de monde que tout à l’heure. Je croise mon Romain de tout à l’heure, on se fait un clin d’œil. On arrive quand même à se faufiler un peu jusqu’au DJ pour retrouver les autres. Le mec du coloc me dit : my god, ils étaient trop beaux les gars que Dore et toi vous embrassiez tout à l’heure. On danse un peu avec eux, mais la musique me plaît beaucoup moins. Je crois qu’il faudrait que je sois beaucoup plus bourré pour arriver à apprécier ça. Puis de toute façon je commence à fatiguer. Je regarde l’heure. Presque 4 heures. Maksim me dit qu’il pense pas tarder, que s’il veut on peut prendre le taxi ensemble, puisqu’on habite pas trop loin, son taxi peut me déposer vers chez moi. Ça m’arrange tellement. Je commence à dire au revoir, au coloc et à son mec, à Jap, à Bellamy. Je ne trouve pas Max et sa meilleure amie pour leur dire au revoir. On se dirige vers la sortie avec Maksim. On croise le reste du groupe vers l’entrée, Romain, Dore, etc. Romain m’embrasse un peu. J’embrasse Dore pour lui dire au revoir. Je lui demande si ça va. Il me dit qu’il est stressé par la présence de Max, alors même qu’il n’est pas là, qu’il doit être aux chiottes ou devant la scène, juste savoir qu’il est là, ça le stresse. Je l’enlace, je lui dis que j’espère que ça va aller, il me souhaite bon voyage à Marseille, me redit que sans doute il passera chez moi mercredi, je l’embrasse à nouveau, lui dis qu’il va beaucoup me manquer pendant mon absence, puis je me dirige vers la sortie en passant par le vestiaire. On marche un peu avec Maksim pour retrouver la route. Le taxi arrive dans dix minutes. On s’assied sur des marches. Il a froid. Je le serre. On s’embrasse un peu. Il dit que j’embrasse bien, et que c’est rare. À mon tour, je lui pose des questions sur ses relations, lui demande comment il a fait pour garder de bonnes relations avec Romain après leur rupture, si ça va avec Anatole, il me demande si j’ai gardé des bonnes relations avec certains ex, je lui parle de William, je lui parle de Clément. Le taxi arrive. On entre. Je lui demande de me parler du crush qu’il évoquait plus tôt dans la soirée, à l’appart. Il me dit comment ils se sont rencontrés. Il dit qu’il préfère les mecs en couple, qu’au moins, ne se pose pas trop la question de l’engagement. Il dit aussi qu’ils communiquent souvent mieux. Je plussoie. Je lui dis que oui, quand tu es déjà dans une relation régulière, tu as l’habitude de parler de ça, tout le temps, et que sans doute ça rend les choses plus simples avec les autres. Je m’allonge un peu sur lui pendant que le taxi roule sur le périph’. On arrive vers chez moi. Je l’embrasse, je lui souhaite bonne nuit, et je descends. Je monte les marches, content de ne pas avoir eu à prendre un vélo pour rentrer. J’envoie une photo à Dore dans ma cage d’escalier, lui dis que je suis bien rentré. J’arrive chez moi, je ferme à clé derrière, je me déshabille, et je vais me coucher, les oreilles complètement saturées, mais hyper heureux.

Courte nuit.

Je sors du lit avant que le réveil sonne. Je l’avais programmé à midi, pour pouvoir aller me balader avec Ari et son mec. Je fais un thé, je range un peu.

[Échanges de messages avec Dore]
Moi, 11h20 : émoji cœur bleu.
Lui, 11h38 : ça se réveille ? ça va, pas trop cuite ?
Moi, 11h38 : oui à l’instant et très naturellement, déjà hâte de la sieste.
Lui, 11h39 : moi aussi, dormi de 8h à 11h30…
Moi, 11h39 : un peu en gueule de bois et fatigué d’avoir dansé mais ça va ! je suis rentré au bon moment, j’étais à deux doigts de prendre des shots pour motiver à rester et redanser, mais j’ai bien fait de pas le faire… et toi bb ?
Lui, 11h40 : ça va, on est passés chez Romain ensuite pour une tisane, Max était épuisé.
[…]
Moi, 11h44 : je me téléporte et te fais gros câlins puis me retéléporte très discrètement.

Puis je lui envoie les photos de mon séjour chez eux en mai dernier, en l’absence de Max, où, au réveil et en gueule de bois, Dore m’avait rejoint dans le lit pour me lire des trucs à voix haute et faire des découpages-collages ; je lui envoie les photos en disant que ce serait le moment parfait pour refaire ça, là.

Il m’envoie une photo de lui dans son bain.

Je retrouve Ari et son mec sur le quai du RER A à Nation. Je suis passé prendre un sandwich que je finis sur le quai en les attendant. J’ai dans mes poches une bouteille d’eau gazeuse citronnée et un livre de poche au cas où. Je suis pas trop crevé malgré la soirée et l’alcool. Ils arrivent. On monte dans le RER. Je leur raconte ma soirée. Le mec d’Ari me dit : c’était donc une bonne Saint-Valentin(s), au pluriel ! (C’est vrai que ça faisait longtemps que j’avais pas embrassé autant de garçons en une soirée, et des inconnus de surcroît.) Ils me racontent raconte leur soirée. On descend à Nanterre-Préfecture. On se balade dans le jardin, avec les tours Nuages dans le fond. Je les accompagne jusqu’au théâtre. On boit un café ensemble. Leur pièce va commencer. Je repars. J’ai pas envie de prendre le RER tout de suite. Je marche vers la Défense. J’envoie des photos à Guillermo, à Dore, à mes sœurs. Il se met à pleuvoir sévère. Je m’abrite sous l’Arche. Y’a des gens qui dansent. On voit même plus le haut des tours. Je trouve ça vraiment beau. Je prends le RER pour rentrer chez moi.

Nuit.

Je prends le métro. J’arrive à la gare. Je reçois un message de Dore qui me souhaite un bon trajet. Je vais au wagon-bar. J’ouvre mon ordinateur et j’écris.

Fragments, 16 février 2026

Clément Alfonsi
, 16/02/2026 | Source : Anath & Nosfé

La nécessité d’un texte, cela ne veut rien dire. Écrivant cela, l’association d’idées me vient : si on suit la philosophie analytique, bien d’autres termes ne veulent rien dire : beauté, qualité, etc. Tous nos termes français en -té, c’est-à-dire les objets abstraits.

Enchaînant « Le Monde des livres » et un passage sur Babelio, je m’interroge sur ce qui m’irrite dans ces lectures de critiques, et je songe qui c’est probablement lié aux adjectifs : inspirant, intéressant, paradoxal, intime, virtuose, poignant, etc. J’ai commencé à lire des classiques, vers mes quinze ans, avec Albert Camus, qui limait ses phrases en enlevant en priorité les adjectifs et les notions abstraites. (Dans le domaine anglais, Hemingway fit de même.) Maintenant j’essaie de revenir à l’adjectif, mais de manière détournée, en évitant les vus et revus. Ce n’est pas facile ; si je relisais mes textes publiés ici, probablement en trouverai-je des dizaines de mauvais. Dans mon journal de lecture, par exemple, l’adjectif « intéressant » revient sans cesse, quand je ne sais en vérité pas trop quoi dire.

Les créateurs avalent les styles antérieurs, se les approprient, puis coupent, et coupent ensuite, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’une colonne vertébrale qui donne l’illusion d’un style. (Style, lui aussi, est un objet abstrait.)

De tous les auteurs, peu importe les manières d’écrire, je préfère les sceptiques, car, même lorsqu’ils sont peu profonds, voire franchement patauds, ils obligent à un recul réflexif. (La profondeur, elle aussi, est un objet abstrait.) Dans la pensée, le travail négatif demeure l’urgence. On étouffe plus sous les idées fausses qu’on est en manque d’idées nouvelles. (Non, cette dernière phrase est idiote.)

Regardant La Grazia de Paolo Sorrentino, Anaïs et moi sommes les seuls à rire dans la salle. Était-ce un film sérieux ou alors sommes-nous les seuls à avoir compris sa légèreté ? Sans sa légèreté, il n’y a pourtant pas grand-chose à en tirer ; c’était un bon moment, mais le film ne marquera pas l’histoire du cinéma. Il y eut des ronflements dans la salle ; c’est dommage, la personne qui ronflait a manqué Toni Servillo rappant dans son salon entre deux moments où il faisait semblant de travailler (il joue un président italien ; évidemment qu’il ne travaille pas).

Sur scène, Peter Doherty éclatant de santé, avec un groupe très solide derrière. Un beau moment, en ce jour de saint Valentin, date sur laquelle aussi bien Doherty que les deux premières parties ont fait des blagues. Il a offert un cadeau à son épouse, Katia de Vidas, qui l’accompagnait au clavier ; ironisé sur le fait qu’il se portait très bien ce soir car son équipe avait caché la bouteille de Chartreuse qu’il avait acheté le matin (c’était juste avant d’enchaîner avec sa chanson sur le Calvados) ; le chien de la famille se baladait sur scène, et Doherty le caressait à l’occasion ; à la toute fin, après une ultime repris de There Is A Light That Never Goes Out des Smiths, leur fille est venue faire de la trottinette sur scène. Concert formidable, par ailleurs.

Voyant le chien de Peter Doherty sur scène, je songeais à Un Chien arrive de Camille Ruiz, sur lequel je voulais déjà écrire la semaine dernière (un « Pour les chiens » après « Pour les oiseaux », c’eût été pas mal), mais j’avance peu car j’ai trop de lectures en cours, et de copies, alors je papillonne.

Je lis C’est ainsi que nous demeurons libres de Yaryna Chornohuz. Des poèmes écrits sur le front du Don, en Ukraine. Structures proches du confessionnalisme à la Sylvia Plath -mais, une fois cela dit, qu’est-ce qui a été dit ? Pas grand-chose. On les lit parce que ce sont des poèmes de guerre, sur la meurtrissure de la guerre, parce qu’on se sent solidaire des victimes de l’impérialisme.

Voir la pluie

JS
, 16/02/2026 | Source :

2-15 février 2026

Depuis le salon, la pluie quand on ne la voit pas, mais qu'on la sait là. La grisaille du ciel colle tellement à la fenêtre que tout le paysage est figé d'effroi. Mais pire, c'est quand on la voit, à cause de la trace des gouttes qui frappent le carreau. Chacune y va de son coup de fouet glacé sur la vitre, j'ai l'impression que des flèches verglas traversent la pièce jusqu'à percer mes yeux.

Quand je me poste un peu plus tard, après le coup de feu du comptoir, sur la chaise du café du rond-point, ronde elle aussi, et regarde à travers la vitre, salie de pollution, je vois un monde qui se lève. Voir, est-ce savoir ? Mon téléphone reste étouffé dans ma poche, et je tourne tellement le dos à l'écran plat fixé au mur qu'il se décloue et se fracasse au sol avant d'avoir pu sélectionner les indignations du jour ; d'ailleurs, il n'y a pas d'écran ici, sinon je n'entrerais pas.

Derrière la vitrine, les hommes et les femmes qui démarrent la ville apparaissent les unes après les autres, il y a de tout pour tout. En blouse, on réanime les yeux clos. En gilet jaune, on dépèce les pavés. Avec dans la sacoche de quoi rallumer les flammes de toutes les barres HLM de la ville. Tenant un classeur à la main pour vendre et survendre, jusqu'aux âmes les plus sauvées. Un hachoir fera saigner le moindre agneau et une main calée ôtera le fruit de l'arbre pour la bouche adéquate.

Garé, parqué, debout et une noisette ou un allongé. J'entends leurs voix qui allument des feux et des contre-feux, et parfois la haine et le ressentiment si denses que rien ne semble pouvoir réparer le monde. Puis s'en vont, à leur tâche urbaine qui fait tourner la ville.

Il y a un jour, lequel, ou peut-être deux, c'est celui du laveur de vitre. Peau noire, gilet vert, il pose son escabeau, son balai, la brosse et le seau. Dans un Français un peu bancal, il salue le patron, qui reste distant, mais lui offre un express. L'homme se met ensuite à l'ouvrage, par des gestes mesurés et, en quelques allers-retours de raclette, éclaircit progressivement mon point de vue.

Ricochets/ Année 3 / Semaine 7

Laura-Solange
, 16/02/2026 | Source : JARDIN D'OMBRES

 


1/ Quand tous les côtés de soi, toutes les facettes de ce qui nous constitue se mettent à murmurer en même temps, puis parler, et appeler un peu plus fort et qu’il faut tenter d’entendre toutes les voix, de donner à chacune sa raison d’être, sa place juste. Entre le cœur et la raison, cela remue. Il faut juste trouver le bon équilibre et tenir les deux axes entre les mains.

2/ Oui, chaque jour pourrait commencer ainsi, d’une manière paisible et dans une lenteur telle que s’étireraient les heures de la matinée pendant un temps deux fois plus long que les heures de l’après-midi, où le temps de la pensée et de l’écriture serait donc plus long et plus intense aussi, de façon à pouvoir épouser les contours de tout ce qui importe vraiment, et permet de trouver un juste équilibre.

3/ Ce qui va éclore, et dont on n’a nulle idée, ce qui germine en nous, ce qui s’est ramifié depuis la toute petite enfance et va continuer à proliférer, tout cela me remplit de curiosité, d’intérêt. Reparcourir les chemins de sa vie, alors que l’on n’est pas si loin que ça de la fin, et rester curieuse des rencontres, des lectures à faire et ce qui pourrait bien encore s’écrire.

4/ Quand les ombres qui nous recouvrent laissent un peu de lumière se mêler à elles, des clairières trouvent à creuser leur place, semblables à ces aires où l’on arrive après une longue errance en forêt, et que, soudain, on a la sensation que l’on a marché sans savoir pourquoi, sans savoir où nos pas nous portaient, peut-être même nous guidaient, mais que, finalement, c’est bien là que l’on souhaitait arriver.

5/ On existe lorsque l’on est chez soi, dans son intérieur. On existe lorsque l’on est dehors, dans cet extérieur mouvant. Est-on la même personne ? Physiquement probablement à quelque chose près – on porte peut-être davantage attention à son apparence. Mais mentalement, il y a sans doute quelque chose qui se modifie ; le regard se doit d’englober des clairs et des obscurs dont il faut bien prendre note et soin.

6/ S’emparer d’un mot attrapé au vol dans une lecture ; il trônait seul sur une page comme titre de chapitre, excepté que tous les autres chapitres n’avaient pas de titre. Non, juste un mot écrit en lettres capitales au centre de la page de gauche, et sur la page opposée le récit reprenait son flux. D’où, bien sûr, l’arrêt mental sur ce mot sans article, un éclat : LUMINESCENCE

7/ La fine paroi du mot choisir tremble sous les assauts de tout ce qui nous cerne et de ceux qui nous entourent. La sensation de se sentir libre de nos choix est fragile, et presque irréelle. Mais il faut tenir continuer à croire en cette capacité de notre libre choix, même dans cette semi obscurité, il y a toujours des ombres et de la lumière, où nous continuons de progresser.




15.II.26

Jérôme Orsoni
, 15/02/2026 | Source : cahiers fantômes

Il a neigé, ce matin, à Paris. Et je suis sorti marché sous la neige jusqu’à ce que la neige cesse de tomber. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ou à ce que, moi, je pourrais m’imaginer (quand la neige a cessé de tomber, je me suis dit que je ferai une phrase à ce sujet, un peu plus tard, quand j’écrirai mon journal, c’est-à-dire à présent, ainsi s’écoule la durée dans les méandres du temps), ce n’est pas moi qui ai fait s’arrêter la neige de tomber, mais, quand j’ai senti qu’elle allait s’arrêter de tomber, j’ai décidé que j’avais assez marché, mes cheveux, mes vêtements étaient mouillés par la neige fondue, et j’avais un peu froid, je crois. Malgré ce que j’en dis, ou malgré l’impression que j’en conçois, je ne sais pas, peut-être les deux, je suis plein d’énergie en ce moment, raison pour laquelle je suis sorti marcher sous la neige, ce matin, malgré le froid, marché vite, dans Paris, pour jouir de ce moment, jouir de la vie, mais, cette énergie, il me semble qu’elle n’est pas de nature intellectuelle. Je ne suis pas certain de bien savoir ce que cela veut dire « nature intellectuelle », je ne crois pas qu’il y ait une nature naturelle, d’une part, et une nature intellectuelle, de l’autre, je crois que je veux simplement dire que je ne parviens pas suffisamment à me concentrer pour écrire quelque chose d’autre que ce journal, ou lire. Mais, en fait, lire, non, ce n’est pas la question : les deux derniers livres que je n’ai pas lus jusqu’au bout, ce n’est pas parce que je n’étais pas assez concentré que je ne les ai pas lus jusqu’au bout, mais parce qu’ils étaient mauvais, ou qu’il me semblait qu’il y avait quelque chose de mauvais en eux, de mauvais pour moi, et que je n’y trouvais pas ce que j’étais venu y chercher, que je n’y trouverais pas ce que je cherchais, mais cela va presque de soi : ce que je cherche ne se trouve pas dans des livres déjà écrits, mais dans les livres que je n’ai pas encore écrits, et l’énergie qu’il me faudrait pour les écrire, ces livres, ces livres que j’ai déjà commencés, cette énergie me fait défaut, en ce moment, voilà, je crois que c’est ce que je voulais dire. Comment faire ? Où la trouver, cette énergie ? Nulle part : il n’y a pas à la chercher, elle est déjà là, il faut simplement qu’elle prenne la bonne direction — l’énergie dont je dispose pour marcher sous la neige dans Paris n’est pas une autre énergie que celle dont j’ai besoin pour écrire mes livres, c’est la même énergie, employée de deux façons différentes, telle est peut-être, au fond, la différence que l’on peut faire entre « le corps » et « l’esprit », si l’on veut à tout prix employer ces concepts et faire une distinction entre eux —, et pour ce faire, contrairement à ce que j’ai trop tendance à penser, influencé en cela par mon époque, qui exige que l’on soit utile, productif, créatif, il n’y a rien à faire, il faut simplement laisser les choses se faire, ce que je ne sais pas forcément faire, laisser faire, laisser aller, ne rien faire, ne pas agir pour que quelque chose se passe, ne rien produire pour que quelque chose se produise, c’est toute la différence entre « produire » et « se produire », je ne veux pas produire, je veux que quelque chose se produise, je suis moins attaché à écrire un livre en tant que livre, c’est-à-dire à un livre en tant que produit, qu’à écrire un livre en tant qu’événement, quelque chose qui a lieu dans le temps et l’espace, impossible à prédire, qui soit une métamorphose irréductible aux matériaux avec lesquels on le fait, toute autre forme d’écriture est une littérature de fonctionnaires de la république des lettres (et l’immense majorité des livres sont produits par des fonctionnaires de la république des lettres), imprévisible, inclassable, infini par tous les bouts. 

Journal de janvier tronqué

la souris
, 15/02/2026 | Source : Grignotages

Ça y est, j’ai fait le tour du calendrier japonais et de ses micro-saisons — j’ai même débordé d’une redondance. Il faudrait créer d’autres micro-saisons, adaptées à la faune et la flore européennes, voire urbaines. Mais déjà un mois plus tard, je ne saurais dire ce qui caractérise la fin du mois de janvier.

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Mardi 20 janvier

Premier cours particulier pour un monsieur proche de la retraite, qui veut commencer la danse et m’indique dans ses messages avoir déjà acheté demi-pointes et… pointes. Sans aborder la question du genre, je me suis contentée d’expliquer que les pointes ne sont pas pour les débutants ; sans un bon alignement et des chevilles renforcées, c’est dangereux.

Il arrive en bottines de pluie vernies roses, enfile des demi-pointes noires et s’essaye studieusement aux rudiments que je lui montre. À la fin du cours, il ne résiste pas à sortir les pointes de son sac — malgré ce que je lui ai dit, il les a apportées. Je lui apprends à les nouer, je sens que ça lui fait plaisir, mais réitère mon refus de lui en faire faire, trop dangereux.

Par la suite, par message, il me répète avoir apprécié ma douceur (c’est un homme doux lui aussi, et gentil — le premier cours de découverte étant gratuit, il m’a apporté des crocus). Les jours suivants, il ne cesse de mentionner ses pointes, avec lesquelles il marche chez lui, qui se font à son pied… Son insistance insidieuse me déplaît, je n’aime pas ce côté forceur, à ramener sur le tapis ce que j’ai en tant que personne compétente écarté. Il n’est pas franc du collier non plus lorsqu’il invoque la chaleur de la salle pour savoir si cette tenue irait — cette : photo d’une brassière et d’un legging, d’un justaucorps et de collants. La danse est accessoire.

Je voudrais accueillir sans juger, mais ne peux nier un certain malaise ; je n’ai pas du tout envie de voir ce monsieur en brassière. Je finis par lui demander s’il veut vraiment apprendre à danser ou s’il cherche à incarner une image d’Épinal de la ballerine — c’est la formulation la moins jugeante que je parvienne à trouver après avoir éliminé cliché et se déguiser en. Il me répond qu’il ne sait pas ce qu’est une ballerine d’Épinal. Je ne réponds ni David Hamilton, ni tout ce que j’exècre. Nos horaires pour le moment incompatibles me soulagent.


Le danseur ukrainien est un ancien cycliste professionnel ; il a commencé la danse il y a quatre ans. Certaines personnes sont sidérantes.

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Mercredi 21 janvier

Ouf, la directrice a réfléchi et a rétracté son idée de tutu de fée canari, tout à fait adapté pour La Belle au bois dormant, pas du tout pour Chantons sous la pluie ; on repart sur un costume jaune moins alambiqué.

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Jeudi 22 janvier

Interrogations collectives sur les corrections qui passent par le toucher. D’une efficacité incomparable pour faire comprendre un ajustement postural (elles réussissent souvent où les mots échouent), elles restent évidemment délicates. J’en ai fait des crises d’angoisse les premiers mois, et j’alterne entre périodes où je renonce à corriger certaines choses et d’autres où je me raisonne : si je demande le consentement de l’élève avant, il n’y a pas de problème. Sauf que. Parfois on oublie. On est humain, on pense à mille choses pendant le cours, et si c’est une partie du corps qui semble anodine, on a vite fait de poser les mains sur les épaules pour les redresser ou guider l’enfant dans l’espace. Parfois aussi, on se demande après coup si tel élève n’a pas osé refuser ou rétracter son consentement. Là-dessus, la hiérarchie coupe court : légalement, nous sommes protégés si le consentement a été recueilli.

Difficile de protéger tout le monde : les profs de fausses accusations, et les élèves des abus qu’ils pourraient subir. Il est évidemment impossible de ne pas entendre leur parole quand tant de choses se passent. On nous enjoint à ne pas prendre les choses personnellement, et à peser chaque mot. S’ils savaient comme c’est impossible. Ils ignorent manifestement l’état second dans lequel met l’hypervigilance face à un grand groupe, et les mots approximatifs qui se bousculent à longueur de journée (je suis déjà contente quand je ne confonds pas talon et genou).


Je retrouve le boyfriend à la station de métro sous la gare après les cours, vers 22h. Ensuite, c’est comme si nous ne pourrions jamais en avoir assez l’un de l’autre, de se retrouver, de s’embrasser, se pétrir. Rien d’érotique pourtant, pas comme ça en tous cas ; prime le soulagement d’un manque qui se révèle au moment où on le comble — tout ce que de nous nous avions retenu à ne pouvoir être retenu par l’autre, que je ne retiens plus, larmes, sanglots. À un moment, je pense :
il est parti
et
il est revenu
deux propositions aussi irrémédiables l’une que l’autre. Il est parti, comme pour toujours. Il est revenu, comme si j’avais craint qu’il ne revienne pas, comme si je craignais qu’il reparte sans revenir — perte conjurée et à venir.
Il est revenu, il est là, le soulagement est immense, je ne savais pas que le désarroi l’était aussi, il est là, dans mon lit, dans mes bras, il est là, et dans cette évidence, peut l’être encore plus que contre moi.

Ramens de minuit.

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Vendredi 23 janvier

Je tente de mettre en forme le dossier pour le concours, mais j’avance autant que je recule, freine en sachant la nécessité d’accélérer, paralysie, angoisse et pleurs et câlins et CBD. Le boyfriend est heureux quand je ris, désemparé quand je pleure, ne sait pas quoi faire alors qu’il fait exactement ce dont j’ai le plus besoin : être là, tout autour de moi.

Est-il aussi sexy qu’Eddie Redmayne, me chambre-t-il alors que nous reprenons le visionnage de The Jackal, mais je réponds que oui, je le pense alors, le désire, il faut mettre sur pause pour aller chercher les gaufrettes et s’embrasser.

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Samedi 24 janvier

Journée-tunnel, à gérer, crier et reprendre sur un ton doux et encourageant l’instant d’après quand j’ai récupéré (momentanément) l’attention des élèves. Est-ce mieux, de se rétablir rapidement dans la douceur, ou pire de schizophrénie, avec des explosions imprévisibles qui peut-être ne font pas sens ?

Sous la douche, mon cerveau cherche tout ce que j’ai pu faire ou dire de mal, de moralement répréhensible, ce qu’on pourrait me reprocher, les paroles que j’ai pu prononcer qui auraient pu être blessantes.

Chirashi-série. On se réinstalle dans des habitudes, festives de n’en être plus.
En fermant les rideaux, j’aperçois de la lumière en face, une grande fenêtre orangée, mais cette fois ce n’est pas le regret d’un foyer, c’est un miroir, cette fois, la lumière était déjà allumée quand je suis rentrée, je ferme les rideaux heureuse et je retourne me lover contre lui dans le canapé.

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Dimanche 25 janvier

On se rendort ensemble après déjeuner, on cherche comment agencer nos bras, nos mains, nos nez pour ne rien écraser et respirer et s’alanguir en restant collés l’un à l’autre, en cuillère, sa main finit par me chercher par derrière puis face-à-face, que les os sont durs, l’air vicié, la surcouette chaude, et l’instant doux. Quand je me réveille et me rendors et me réveille, mon cerveau ne rembraie pas sur le conservatoire ou les élèves comme ce matin, le vent balaye les branches du saule pleureur et la lumière blanche fait une aura sur les plis des draps et les poils de mes avant-bras, je sens son ventre se gonfler et dégonfler dans mon dos, ses mains émouvantes sans mouvement sur moi.

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Lundi 26, mardi 27, mercredi 28 janvier

« Épuisement » et « au bord du burn-out » a dit la psy. Est-ce pour cela que je suis bizarrement contente d’être malade, fiévreuse au point de pouvoir annuler les cours sans culpabiliser (et bosser sur le dossier urgent que j’ai procrastiné) ?

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Jeudi 29 janvier

La tête tourne légèrement en reprenant les cours, sans moi pour les penchés en avant. J’ai exceptionnellement un grand groupe, qui bavarde beaucoup. La pianiste finit par exploser à ma place, les sermonne vertement

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Vendredi 30 janvier

Pudding en forme de part de tarte avec topping amandes et pépites de chocolat
Avant l’effort, le réconfort

Ce n’est pas un spectacle, répète l’équipe pédagogique et administrative, qui tient à distribuer des contremarques et non des places, mais c’en est un pour tous les élèves et leur famille. Il y a des entrées, des sorties, des costumes, du public, ça y ressemble furieusement. Manque juste le théâtre, un espace adapté qui n’obligerait pas à tant de contorsions logistiques.

J’ai en charge les élèves d’une professeure qui n’est pas là, que je retrouverai sur les photos de saluts d’IkAubert, pas entièrement certaine de reconnaître ma collègue dans l’interprète. Ils dansent bien, vraiment, un frisson d’air m’atteint lorsqu’ils courent tous avant la fin de la pièce (ça met les poils, est-ce l’expression ?), mais ils ne savent pas se tenir, vraiment, je leur demande de moins en moins aimablement de faire moins de bruit, je passe deux heures à leur intimer de se taire, les engueule carrément en détachant méchamment les syllabes je-ne-veux-plus-vous-en-tendre, on les entend quand même par-dessus la musique lorsque mes élèves passent.

De mes élèves, que vois-je ? Des profils, des instantanés, un pied en serpette qui m’agresse en B+ (le monde balletomane anglophone a une dénomination pour cette pause avec la jambe en béquille). Les erreurs me sautent aux yeux comme les coquilles lorsque j’étais en apprentissage dans l’édition. Je vois en professeur ce qu’il y a à corriger et qui ne le sera pas, mais en professeur qui doit aussi encourager et devra féliciter je m’oblige à voir au-delà de mes craintes, à percevoir au-delà des manqués musicaux les élèves qui font corps pour les rattraper, toutes à l’écoute pour improviser un départ décalé, le spectacle et les corps vivants, leur beauté dans le mouvement.

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Samedi 31 janvier

Le pianiste est dépité, pour un peu il démissionnerait de s’être trouvé si nul la veille au soir. Nous ne sommes pas trop de deux pour lui faire admettre que pas aussi bien qu’il aurait voulu ne signifie pas forcément mauvais. Je ne l’aurais pas soupçonnée chez lui, mais je comprends cette honte et cette estime de soi ravagée, excessives — les considère hors de moi avec un peu de tendresse.


À plusieurs reprises, une élève déjà reloue se décale sciemment pour se placer juste devant une autre et lui masquer son reflet dans le miroir. Je la fais échanger de place avec la petite fille qu’elle essayait de masquer ; elle danse avec toute la mauvaise volonté possible en représailles ; je lui fais remarquer qu’elle n’y met décidément pas du sien et qu’elle est capable de beaucoup mieux. Lorsque les lignes changent et que revient son tour d’être devant, elle va ostensiblement se placer sur la dernière ligne. Pourquoi ? « Si c’est pour que vous me parliez comme ça quand je suis devant, je préfère être derrière. » Le culot et la maîtrise du renversement à un si jeune âge… Je ne contiens plus mon exaspération et l’engueule sèchement (un quart d’heure à faire la gueule, oubliée dans les sautillés). Je n’aime pas ça, devenir sèche malgré moi, sentir le froid jeté sur l’ensemble du groupe, qui n’y est pour rien…

Je suis sèche, puis moins, puis plus du tout à mesure que la journée et les âges avancent. La journée se termine proche du fou rire. Aux élèves crevées par le non-spectacle de la veille, j’ai proposé de transposer la variation d’Esmeralda sur des chaises — l’enthousiasme est à la hauteur de la fatigue, surtout pour l’une d’elles, une jeune femme d’une belle maturité artistique qui s’enthousiasme comme une enfant. Esmeralda devient un quatuor de cabaret,  sur scène puis en salle, assemblée de brigands maussades qui tapent du tambourin sur le pied de leur comparse comme ils joueraient aux cartes, celle de l’humour abattue avec force sur celle du sensuel, avant de partir en vrille, tambourin frappé allongé par terre et chaise pliante repliée en rythme. J’adore leur créativité.

lier les images entre elles

caroline diaz
, 15/02/2026 | Source : Les heures creuses

L’enfant est couché sur les pieds de sa mère qui porte des baskets blanches. La mère est immobile, elle tient dans une main une boîte à gâteaux, dans l’autre son téléphone. Elle vient d’apprendre qu’un proche a attrapé la varicelle. Pragmatique, elle lance à l’enfant, toujours allongé sur ses chaussures, tu ne voudrais pas attraper la varicelle avant la rentrée scolaire ?

Après l’atelier de gravure, nous allons déjeuner dans une cantine de quartier. L’espace est presque plein. La cheffe, un peu à cran, masque sa fatigue derrière un sourire fragile. Nous trouvons quelques places autour de la grande table centrale. Nous essayons d’articuler une conversation dont j’ai tout oublié. Au moment de partir, mon sac a disparu. Je fais le tour des chaises, me souviens l’avoir posé juste à côté de moi. Sans doute A l’a-t-elle repoussé en s’installant, comment n’ai je pas eu le réflexe de le reprendre ? Je suis sidérée. J’essaie de faire l’inventaire de ce qu’il contenait. Valérie me demande s’il y avait mes clés. Oui, mes clés. Et ma pièce d’identité. Donc mon adresse. Philippe travaille tout près, heureusement j’ai mon téléphone, il vient m’ouvrir, je m’enferme en attendant le serrurier. L’après-midi, qui devait être consacré au travail et au dossier pour Saint-Sulpice, se dissout dans les appels, l’opposition bancaire, la plainte en ligne. J’oublie de déclarer le vol des clés. Il faudra attendre que la plainte soit enregistrée pour la modifier. En voulant finir la lecture de Bruits, je cherche mes lunettes et réalise, avec un soulagement joyeux, qu’elles n’étaient pas dans le sac volé mais dans celui qui contient le matériel de gravure et les tirages, eux irremplaçables. 

Comme j’ai oublié de déclarer le vol des clés, je dois aller au commissariat compléter ma plainte. Le lieutenant me reproche mon manque de vigilance, les victimes sont toujours un peu coupables. Il est lent, la situation m’ennuie, j’écoute le plaignant assis dans la même pièce que moi un jardin stylisé, non, plutôt synthétisé… puis une petite perspective. L’agent s’agace, c’est trop long, monsieur, ça va planter. Vous en avez encore beaucoup ? Oui, toute ma collection. L’inventaire reprend. Une petite aquarelle à la manière de Sisley. Une perspective style Boudin. Un dessin encadré, une femme de profil. Un très beau dessin attribué à… deux pochades sur bois avec des personnages du même artiste. Un grand dessin, un grand pastel. Le logiciel bugue au moment d’enregistrer la plainte. Ce n’est pas possible, monsieur, ça fait tout planter. Vous en avez encore beaucoup ? Toute ma vie, je vous dis. Il faudra faire ça en plusieurs fois. Une petite gouache encadrée du XIXe, proche de Bonington. Une femme arabe assise dans un intérieur mauresque, non signée, genre Delacroix. Maure quoi ? Vous pouvez épeler ? Mauresque, arabe quoi… Deux caricatures, l’une représentant Balzac, l’autre un peintre dans son atelier, il me semble qu’il y a même un chat qui surgit, oui notez ça, un chat. Le lieutenant soupire. Un carton à dessin plein à craquer. Un dessin encadré à la manière de Seurat. Une aquarelle. Je termine ma déposition et je quitte le bureau à regret. La litanie, la manière dont cet homme tente de transmettre la beauté de ce qui lui a été volé, l’indifférence de l’agent. Toute une vie inventoriée, j’aurais pu l’écouter des heures.

C passe me voir rue de Charonne. Nous nous rencontrons dans la vraie vie pour la première fois. Nous parlons vite, un peu trop, elle me demande de lui dédicacer un exemplaire de Comanche. Elle n’a pas beaucoup de temps, doit déposer un sac à restaurer dans un atelier rue de Turbigo, va prendre un taxi. Je lui propose de partager la course pour prolonger notre échange. Nous voilà côte à côte sur la banquette arrière comme deux personnages d’un film. Il pleut. Elle parle avec assurance, prévoit déjà la suite de son trajet avec la femme qui conduit le taxi. Elle laisse ses bagages dans la voiture le temps de déposer le sac, précise qu’elle n’en a pas pour longtemps, je vous laisse ma vie, là. Je l’accompagne dans l’atelier ou des femmes redonnent forme à des objets de luxe fatigués, elle remonte dans le taxi, avant que nous nous quittions elle me dit que je suis la bienvenue à Barcelone.

Est-ce que nous regardons le mal pour vérifier que le bien respire encore ?

J’étale mes travaux au sol, j’essaie de lier les images entre elles. Des arbres, la mer, des traces, des effacements, la persistance des formes, des zones floues. Plus que des paysages familiers, des repères. L’intuition que l’écriture pourrait se mêler aux images, qu’un texte est déjà là mais demande à prendre forme, j’ignore encore comment il s’articulera avec elles. Philippe en rentrant, me dit que cela lui rappelle mon travail sur Proust pour le diplôme. Ça me fait plaisir, plus que la dimension plastique, je crois que c’est d’avoir pu retrouver le temps de la recherche et de l’expérience.

Temporalité maîtrisée (ou non)

Anne Savelli
, 15/02/2026 | Source :

(Illustration de l'article consacré à Bruits par Suzanne Ménard, que je remercie, pour Mare nostrum)

Je me dis que je vais toujours raconter un peu la même chose, ici, jusqu'à mon départ pour le Japon : décrire ce chaos intérieur qu'est la parution d'un livre, ce moment où on se sent soumis, malgré soi, aux réactions, aux absences de réactions, à différentes formes de réalités :

  • celle du marché du livre, la jungle, impitoyable, qui vient rappeler sans cesse que la concurrence est féroce, que les jours défilent, inexorablement, et qu'au bout d'un mois le voilà passé, ou presque, à tout autre chose
  • celle de mon entourage, chaleureux, attentif, aimant, réconfortant
  • celle de la marche du monde dont je ne parle jamais ici ni sur les réseaux parce que je ne veux pas (entre autres) faire de ma colère quelque chose d'éruptif
  • celle de ce qu'il faut développer au fond de soi, patiemment, malgré tout : une forme de calme, de mise à distance qu'honnêtement par moments je trouve héroïque
  • celle du livre suivant, du monde intérieur à réinventer, à reconstituer, même dans le désert
  • celle du travail à créer, auquel croire, pour lequel chercher des moyens (je parle ici de Par-là Paris, d'une part, et de mon podcast de l'autre)

(Merci à mon frère pour cette photo.)

Cela posé, il faut bien dire que ce début de semaine aura été spectaculaire, dans mon petit monde intérieur. Lundi, à la sortie du train dans lequel je me trouvais après un week-end en famille, j'étais attendue par le photographe de Libération Cyril Zannettacci, avant d'enchaîner par un entretien sur Bruits avec Frédérique Roussel — c'est la toute première fois que le journal parlera d'un de mes livres, tout arrive ! Au moment où j'écris, je ne sais pas encore quand l'article paraîtra, ce samedi ou le suivant.
J'ai prévenu : être prise en photo me rend malade, je ne supporte pas l'objectif braqué. L'attente même infime durant laquelle il est demandé de poser me met dans tous mes états — je n'ai pas écrit Musée Marilyn par hasard, et par ailleurs, tout cela est contenu, caché et révélé, dans un chapitre de Décor Daguerre.
Le photographe le sait, il a apporté un petit miroir dans lequel je pourrais, a priori, contrôler la situation. En réalité, nous jouons avec le décor, autour de la gare de Lyon. Ce que je vois n'est presque jamais mon visage, plutôt le paysage, éléments graphiques de façades me rappelant Claire Dolan de l'immense, osons le mot, Lodge Kerrigan. (Je me souviens avoir écrit sur ce film pour un hors série d'Inculte, il faudrait que je reprenne ce texte, tiens, un jour, et peut-être le mettre en ligne ici.) Le photographe est doux, patient, il aime son métier, dont nous finissons par parler — je me dis alors qu'il aurait fallu avoir un micro et l'interroger, lui.

Ensuite, il faut parler du livre. Rendez-vous au Train bleu, où je crois n'avoir jamais bu un verre. Disparaît ce qui m'occupe l'esprit depuis plusieurs jours, cette question de la photographie mais aussi un problème de santé dentaire à résoudre (c'est fait, depuis, ouf). Mes réponses à Frédérique Roussel partent sans doute dans tous les sens mais enfin, le livre est ainsi, tissé de mille fils, et il me ressemble. C'est ce que je me suis dit, quand je terminais d'écrire Bruits : que tout surprenant qu'il soi pour moi-même, c'était peut-être le meilleur reflet de la façon dont je me perçois, intérieurement.

Juste après, me voilà à écouter, en librairie, plusieurs autrices et un auteur. Ils parlent de l'influence d'une autre écrivaine sur leur destinée, en l'occurence Marguerite Duras. Je repense à ce que Joachim Séné écrivait dans sa lettre dispersée il y a quelques jours : ce qui permet à l'oeuvre d'un artiste de survivre, c'est le fait d'être convoquée par d'autres artistes. J'y pense, mais me revient en boomerang, durant cette même soirée, la réalité économique du secteur du livre : Bruits est sorti il y a plus d'un mois et il faut se dépêcher de dénicher des invitations pour en parler car vite, très vite, très très vite, ce sera trop tard.
Tout cela, le lundi.

(En furetant dans les beaux quartiers pour une déambulation printanière de L'aiR Nu.)

Le lendemain soir, après avoir pris le temps de faire, une fois de plus, tout ce que je pouvais pour mon livre (contacter le libraire qui me soutient, nourrir ce site à coup d'agenda et de recensions), je retrouve une amie — celle qui a planqué Bruits dans une vitrine la semaine dernière. Elle m'écoute parler de ces montagnes russes puis me donne une explication que je trouve très juste : elle me dit que le problème, c'est d'être soumise à des temporalités (la publication de l'article de Libé cette semaine ou la semaine suivante, la vie de mon livre en librairie, les invitations à des festivals qui n'arrivent pas...) que je ne maîtrise pas. C'est la non-maîtrise qui envahit tout, empêche de se concentrer sur la suite (le travail en cours, le livre d'après et même, le voyage à venir la semaine prochaine !).
Elle a raison. Voilà qui est lumineux et de fait, le lendemain soir, je me réjouis absolument de ce qui arrive. J'ai décidé, au club de lecture que je commence à fréquenter dans mon quartier, de présenter Détruire tout, de Bernard Bourrit. Personne ne m'a rien demandé, je ne suis pas en mission pour Inculte, ni pour l'auteur, n'ai de compte à rendre à personne. Je lis un passage du livre, j'en parle comme je peux et je sens, à ce moment précis, une très belle écoute. Voilà. Rien de plus, rien de moins. Juste un moment de vie vivante, comme disait Delphine Bretesché.

(Début de mur d'images qui sera centré sur les Delphines, DB et DS. Un grand merci à Arnaud de la Cotte pour cette photo que nous partageons, maintenant.)