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	<title>La vie sociale</title>
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		<title>Mourir, ce n'est peut-&#234;tre pas si grave. Apr&#232;s...</title>
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&lt;p&gt;Mourir, ce n'est peut-&#234;tre pas si grave. Apr&#232;s tout, le vent qui souffle dans les branches est le temps qui passe. L'&#233;couter, c'est apprendre &#224; vivre. Pas &#224; mourir. On n'a pas besoin d'apprendre &#224; mourir. &#199;a vient, et c'est tout. Apr&#232;s, les choses sont comme elles &#233;taient avant. Pas m&#234;me plus l&#233;g&#232;res, d'autres &#234;tres arrivent qui remplissent l'atmosph&#232;re, alourdissent, p&#232;sent sur l'atmosph&#232;re. Qui n'a pas remarqu&#233; que l'atmosph&#232;re est chaque jour plus lourde, plus pesante, plus charg&#233;e ? (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://bakl.it/viesociale/spip.php?rubrique60" rel="directory"&gt;Remarques sur la marche &#224; suivre&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mourir, ce n'est peut-&#234;tre pas si grave. Apr&#232;s tout, le vent qui souffle dans les branches est le temps qui passe. L'&#233;couter, c'est apprendre &#224; vivre. Pas &#224; mourir. On n'a pas besoin d'apprendre &#224; mourir. &#199;a vient, et c'est tout. Apr&#232;s, les choses sont comme elles &#233;taient avant. Pas m&#234;me plus l&#233;g&#232;res, d'autres &#234;tres arrivent qui remplissent l'atmosph&#232;re, alourdissent, p&#232;sent sur l'atmosph&#232;re. Qui n'a pas remarqu&#233; que l'atmosph&#232;re est chaque jour plus lourde, plus pesante, plus charg&#233;e ? Quelquefois, on a m&#234;me l'impression de ne plus pouvoir respirer, l'air est si plein de tout, qu'on a du mal &#224; inspirer, expirer, c'est plus facile, mais tout de m&#234;me, &#231;a ne va pas de soi, quand l'air est si lourd, il faut penser &#224; chaque respiration, chaque inspiration est un effort, chaque expiration est un effort, on n'a plus de force pour rien d'autre que respirer, respirer aspire toute l'&#233;nergie dont on dispose. Alors quoi ? Il faudrait ne plus respirer ? Mais ce serait mourir bient&#244;t, plus t&#244;t qu'on ne le pense, bien avant la date d'expiration. Tout est une histoire de souffle. Le vent dans les branches, l'atmosph&#232;re aspir&#233;e par des milliards de narines, de bouches, inhal&#233;e par des milliards de poumons, l'inspiration, l'expiration, la date, et tout. Tout est une histoire de souffle. M&#234;me le dernier, c'est toujours la m&#234;me chose, respirer, inspirer, expirer. Aussi, pourquoi se soucier de mourir ? Le dernier souffle sera inspir&#233; par un autre qui lui aussi rendra son dernier souffle, ou plut&#244;t le donnera &#224; un autre qui le donnera &#224; un autre. Rendre son dernier souffle, c'est &#233;trange comme expression, non ? &#192; moins qu'on ne rende en fait son dernier souffle &#224; l'air, &#224; l'atmosph&#232;re, qu'on rende ainsi ce qu'on a pris &#224; la naissance. Le premier souffle : une certaine quantit&#233; d'air est inhal&#233;e par le nouveau-n&#233;, lui qui pousse son premier cri emplit ses poumons de l'air qu'il trouve &#224; sa disposition dans l'atmosph&#232;re, dans l'air tout autour de lui. Jusqu'&#224; l'&#226;ge adulte, cette quantit&#233; d'air dans ses poumons ne va cesser de cro&#238;tre, jusqu'&#224; se stabiliser, avant de d&#233;cro&#238;tre progressivement jusqu'&#224; la mort, quand il rendra donc son dernier souffle. Le dernier souffle est rendu &#224; l'air. C'est une question d'&#233;quilibre, aucun doute l&#224;-dessus, &#233;quilibre entre l'inspiration et l'expiration, entre ce qui est &#224; prendre et ce qui est pris, entre ce qui est disponible et ce qui est consomm&#233;. Sauf que plus il y a d'&#234;tres et plus les comptes sont difficiles &#224; &#233;quilibrer, il faudrait prendre et rendre toujours autant, alors que, de fait, on prend toujours plus et on rend toujours moins. Inspirer, expirer, c'est une sorte de m&#233;canique, non ? Quand on y pense, c'est qu'on a des probl&#232;mes, des difficult&#233;s &#224; respirer, du mal &#224; &#234;tre tout simplement. Les choses se compliquent quand on a du mal &#224; &#234;tre. Mais pourquoi a-t-on du mal &#224; &#234;tre, c'est-&#224;-dire du mal &#224; respirer ? Le vent souffle dans les arbres, et c'est le temps qui passe. Pourquoi les choses seraient-elles plus compliqu&#233;es que le vent qui souffle dans les arbres ? Pourquoi faut-il penser &#224; respirer ? Quand on a du mal &#224; &#234;tre tout simplement, c'est peut-&#234;tre qu'il fait gris, trop gris, l'atmosph&#232;re est trop charg&#233;e encore une fois, mais ce n'est pas tout &#224; fait pareil, on ouvre les fen&#234;tres, et non, pourtant non, il n'est pas plus difficile de respirer qu'hier, enfin, l'air d'aujourd'hui est toujours aussi respirable que la veille, peut-&#234;tre un peu moins, m&#234;me, il fait moins chaud et il y a du vent, mais quand m&#234;me, ce n'est pas facile d'inhaler, on ne cesse pas de penser &#224; tous les efforts qu'il faut faire pour simplement respirer. Et si on arr&#234;tait de respirer ? Quand on y pense, si on arr&#234;tait de respirer, cela ne changerait pas grand-chose. Si on n'&#233;tait pas venu, quelqu'un d'autre aurait pris notre place. Qu'on soit l&#224; ou non, la somme est nulle, toujours &#233;gale &#224; z&#233;ro. Non que nous soyons exactement tous des z&#233;ros, exactement non, certains peuvent le croire ou le d&#233;sirer, mais ce n'est pas &#231;a. C'est le jeu qui est &#224; somme nulle, quand m&#234;me la population augmente, le r&#233;sultat du jeu est toujours &#233;gal &#224; z&#233;ro. Qu'on soit l&#224; ou pas, c'est la m&#234;me chose, &#224; la fin, tout est &#233;gal &#224; z&#233;ro. Au bout du compte, les comptes sont nuls. Qu'est-ce qu'on peut y faire ? Rien. Toujours, tout est nul. Z&#233;ro absolu. Quand on a du mal &#224; &#234;tre, c'est peut-&#234;tre &#224; cause de ce z&#233;ro absolu, qui &#233;galise tout, les conditions, les &#234;tres, les fortunes, les d&#233;sirs, les chances, les souhaits, les attitudes, les souvenirs, les moments de gr&#226;ce et les instants paisibles, les collines et les vall&#233;es, les for&#234;ts et les autoroutes, tout revient &#224; l'absolu z&#233;ro, au vent qui souffle dans les branches, au temps qui passe. Quand on a du mal &#224; &#234;tre, c'est qu'on regarde d'un peu trop pr&#232;s ce z&#233;ro-l&#224;, qu'on l'observe, l'ausculte, lui qui a l'air si parfait, lui qui, en fin de compte, est la seule chose vraiment parfaite, pas la moindre asp&#233;rit&#233;, pas le moindre doute, la boucle infinie, sans objection possible, sans prise possible sur lui, l&#224;, au bout du compte, il est toujours l&#224; en fin de compte, mais on ne peut pas l'appr&#233;hender, on ne peut pas s'en saisir, pourtant, il ne fuit pas, non, c'est m&#234;me l'inverse, c'est lui qu'on fuit. On fait des calculs, on tient des comptes, on pr&#233;voit, on anticipe, on imagine m&#234;me des formes diff&#233;rentes, des chiffres, surtout un, on est quelqu'un, pas rien, il ne faut surtout pas &#234;tre un z&#233;ro, non, surtout pas, il faut &#234;tre quelqu'un, compter, compter, mais &#224; la fin, pourtant, tout s'annule, il ne reste plus rien, qu'un souffle dans les branches, les feuilles qui bougent un peu au passage, c'est une belle image, d'ailleurs, n'est-ce pas ainsi d'ailleurs qu'il faudrait se repr&#233;senter la mort, pas comme un grand brasier, pas comme un corps qu'on jette dans un trou, pas comme une disparition, pas comme un voyage dont personne ne revient, non, comme l'image des feuilles au bout des branches qui bougent au passage du vent qui souffle ? Aurait-on moins de mal &#224; &#234;tre si la fin se passait ainsi : des feuilles trembleront un instant au gr&#233; du souffle qui les effleurera, et puis ce sera le moment de passer &#224; quelque chose d'autre ? Mais quoi ? C'est &#233;tonnant qu'on ne puisse pas abandonner l'interrogation, qu'on ne puisse pas s'emp&#234;cher de poser des questions. Allez au bout du raisonnement, &#224; sa toute fin, &#224; l'ultime extr&#233;mit&#233;, conduisez quelqu'un vraiment au terme de la pens&#233;e et, pour peu qu'il soit dispos&#233; &#224; penser &#8212; tout le monde est dispos&#233; &#224; penser quand il s'agit de gagner un peu de temps sur la mort &#8212;, il vous demandera ce qu'il y a apr&#232;s, et si vous lui dites qu'il n'y a rien, par exemple, parce que c'est la premi&#232;re chose qui vous vient &#224; l'esprit, rien, alors il vous demandera : Mais pourquoi ? C'est toujours ainsi, tous les moyens sont bons pour gagner un peu de temps sur la mort. &#201;videmment, ce temps n'est rien, presque rien, un infime grain de sable en plus ou en moins dans un immense tas de sable, mais c'est un grain de sable qui compte, c'est son grain de sable &#224; soi, l'instant de plus qu'on a r&#233;ussi &#224; gagner, pense-t-on, sur la mort. Pense-t-on ? Pas s&#251;r, pas si s&#251;r que &#231;a, non. Si apr&#232;s avoir regard&#233; le z&#233;ro, on regarde ce grain de sable, que voit-on ? Ne voit-on pas que si on le regarde de pr&#232;s, de tr&#232;s pr&#232;s, ou plut&#244;t non : si on l'agrandit jusqu'&#224; ce qu'il soit clairement visible &#224; l'&#339;il nu dans toute sa composition, disons qu'on voit le grain de sable comme on voit une balle, si on agrandit la vue du grain de sable jusqu'&#224; ce qu'il atteigne la taille d'une balle, ne voit-on pas &#224; quoi ressemble ce grain de sable ? Ne ressemble-t-il pas &#224; s'y m&#233;prendre &#224; notre z&#233;ro de tout &#224; l'heure ? N'est-ce pas en fait la m&#234;me forme, le m&#234;me aspect, la m&#234;me impression au toucher, les m&#234;mes sensations, le m&#234;me sentiment d'avoir affaire &#224; quelque chose qui &#233;chappe, qui &#233;chappe &#233;ternellement, une boucle infinie qui glisse entre nos doigts ? Pris avec ses semblables, le grain de sable n'a pas d'identit&#233;, pas de singularit&#233;, il fait partie de l'&#233;coulement du sable entre nos doigts. Mais pris pour lui-m&#234;me, pas avec ses semblables, mais chaque grain de sable, un &#224; un, pris num&#233;riquement, le grain de sable est un z&#233;ro. Et c'est donc avec des z&#233;ros que l'humanit&#233; a commenc&#233; de mesurer le temps qui passe, l'&#233;coulement du temps, la dur&#233;e, le laps de temps entre maintenant et quand ce sera fini. Les sabliers, en effet, sont pleins de z&#233;ros, de parfaits petits z&#233;ros qui s'&#233;chappent, glissent entre les doigts, pris en masse, ils n'ont l'air de rien, on ne prend m&#234;me pas la peine de les compter un &#224; un, c'est leur masse qui sert &#224; mesurer, mais pris num&#233;riquement, un &#224; un, ils ne comptent plus rien, ils sont la fin de toutes choses, ils sont la perfection m&#234;me, l'angoissante perfection de la boucle infinie qu'on ne peut pas saisir, qu'on ne peut pas p&#233;n&#233;trer, &#224; l'ext&#233;rieur de laquelle on reste toujours, qui nous fascine et nous effraie &#224; la fois, qu'on d&#233;sire et qu'on voudrait repousser, qu'on voudrait embrasser et tenir &#224; distance dans le m&#234;me mouvement, dans un seul et m&#234;me geste. Mais non, c'est d&#233;j&#224; trop tard, quelqu'un vient de rendre son dernier souffle, les compteurs sont remis &#224; z&#233;ro, un autre l'aspire, et vit avec ce souffle, quelques instants encore, m&#234;me s'ils sont tr&#232;s longs, ce ne sont que quelques instants, ou m&#234;me un seul, seulement, simplement un seul instant. Chacun n'a peut-&#234;tre qu'un seul instant &#224; vivre, on s'empresse de le d&#233;couper, de le segmenter, d'en faire des &#233;v&#233;nements, des moments, des souvenirs, des peines et des d&#233;sirs, mais c'est un seul et m&#234;me moment, un seul et m&#234;me souffle, un seul et m&#234;me flux, un seul et m&#234;me &#233;coulement. Du premier au dernier souffle, une seule et m&#234;me force qui pousse, qui cro&#238;t vers le z&#233;ro. Mais pourquoi pousser, pourquoi cro&#238;tre, si c'est vers le z&#233;ro ? Encore un qui veut gagner un instant de plus sur la mort. Eh bien, personne ne sait qu'il pousse vers le z&#233;ro, sinon personne ne cro&#238;trait, personne ne voudrait cro&#238;tre. C'est l'illusion, le moteur du monde, c'est l'illusion qui fait tourner le monde sur lui-m&#234;me, la boucle infinie, le z&#233;ro parfait, absolu, insaisissable et &#233;ternel. La boucle est boucl&#233;e. Ce n'est pas une fa&#231;on de parler, non, il faut l'&#233;nergie aveugle de celui qui veut vivre pour que la boucle soit boucl&#233;e, que tout tourne tout le temps, sans fin, en rond. Enfin, pas exactement, m&#234;me en sortant de l'illusion, tu continues de cro&#238;tre. Ce ne sont que quelques rares exceptions qui mettent un terme &#224; leur croissance. La force de l'esp&#232;ce est toujours sup&#233;rieure, l'instinct l'emporte sur le petit d&#233;sir d'en finir. Ridicule petit souhait individuel qui ne p&#232;se rien et qui, m&#234;me s'il pesait infiniment plus, ne vaudrait toujours pas grand-chose, presque rien, c'est si peu. Et la roue de tourner inlassablement. La force de l'esp&#232;ce tourne autour de ce z&#233;ro, son instinct l'y ram&#232;ne toujours, le d&#233;sir d'&#233;quilibre, l'incompr&#233;hensible d&#233;sir que les choses soient toujours en ordre, qu'&#224; la fin, tout soit parfaitement &#224; sa place, dans l'&#233;tat o&#249; c'&#233;tait en arrivant, l'incompr&#233;hensible d&#233;sir de ne jamais rien changer, malgr&#233; les apparences, de toujours faire la m&#234;me chose, de toujours tout &#233;quilibrer, de se persuader qu'&#224; la fin, ce sera la m&#234;me chose qu'au d&#233;but, parfait, chaque chose &#224; sa place, un s'en va, un autre arrive, c'est ainsi depuis la nuit des temps, cela ne changera jamais, tout continuera toujours ainsi, un s'en va cependant qu'un autre arrive, un moins un &#233;galent z&#233;ro plus un moins un &#233;galent z&#233;ro plus un moins un &#233;galent z&#233;ro plus un moins un &#233;galent z&#233;ro plus un moins un &#233;galent z&#233;ro plus un moins un &#233;galent z&#233;ro plus un moins un &#233;galent z&#233;ro plus un moins un &#233;galent z&#233;ro plus un moins un &#233;galent z&#233;ro plus un moins un &#233;galent z&#233;ro plus un moins un &#233;galement c'est &#224; en perdre son souffle et caetera ad infinitum. Est-ce pour cette raison que je suis arriv&#233; ici ? Est-ce pour &#231;a que je vais finir ici ? Pour une question d'&#233;quilibre, pour une question d'ordre, pour que les comptes soient &#233;pur&#233;s, perfection sans asp&#233;rit&#233;s de la rotondit&#233; du z&#233;ro qui tourne infiniment sur lui-m&#234;me. Pfffuit. C'est vrai que j'ai regard&#233; le vent souffler dans les branches, c'est vrai que j'ai pass&#233; tout mon temps libre, enfin tout le temps dont je pouvais disposer ici, c'est vrai que j'ai pass&#233; tout ce temps depuis des semaines, des mois, je ne sais pas trop, &#224; vrai dire, c'est vrai que j'ai pass&#233; mon temps &#224; regarder le vent souffler dans les branches, peut-&#234;tre un peu trop de temps, m&#234;me, parce qu'au bout d'un certain temps, quelques heures, quelques jours, je ne sais pas, je n'avais pas les moyens de compter, j'ai entendu une voix qui racontait &#224; peu pr&#232;s ce que j'ai retranscrit jusqu'&#224; maintenant, une voix douce, calme, une voix monotone, oui, une voix qui ne s'&#233;levait jamais, ne semblait pas respirer, ne semblait jamais reprendre son souffle, une voix continue, qui me racontait cette histoire de vie, de mort, de z&#233;ro. Au d&#233;but, comme je suis quand m&#234;me dans un asile d'ali&#233;n&#233;s, je me suis dit, &#231;a y est, J&#233;r&#244;me, c'est ce qu'on dit dans ces cas-l&#224;, ce n'&#233;tait donc pas un mensonge, c'&#233;tait vrai, tu entres en bonne sant&#233; et tu sors malade, voil&#224;, &#231;a y est, tu es fou. Tu es perdu pour l'humanit&#233;, tu vas passer tout le reste de ta vie, ici, parce que c'est ici qu'est ta place d&#233;sormais, parmi les ali&#233;n&#233;s. Sauf que la voix en question, finalement, qu'est-ce qu'elle me disait de faire ? Eh bien, rien, elle me disait de ne rien faire, de rester l&#224;, &#224; regarder le vent souffler dans les branches en attendant que je rende mon dernier souffle. J'ai &#233;cout&#233; attentivement et j'ai essay&#233; de comprendre ce qu'elle essayait vraiment de me dire, et c'&#233;tait ceci : Reste o&#249; tu es, J&#233;r&#244;me, ne t'en fais pas, tu n'as pas de soucis &#224; te faire pour l'avenir, l'avenir sera exactement comme le pass&#233;, tu peux mourir tranquille, tu n'as pas &#224; cro&#238;tre l&#224; o&#249; tu es en attendant de rendre ton dernier souffle. Et, tout de m&#234;me, j'ai trouv&#233; &#233;trange qu'une voix qu'entend un fou lui conseille quelque chose de parfaitement raisonnable, lui dise quelque chose d'aussi sens&#233;, ne lui dise pas, en fait, tu es invincible, tu peux sortir d'ici quand tu veux, tout ce que tu as &#224; faire, c'est les tuer, tous, les massacrer les uns apr&#232;s les autres et apr&#232;s tu seras libre, ce que dirait une voix de fou, enfin, c'est ce que je suppose, je ne peux que supposer puisque, comme je m'en suis aper&#231;u, je ne suis pas fou, je n'ai donc jamais entendu de voix de fous, mais celle-l&#224; de voix qui me disait : Tiens-toi tranquille, il suffit pour la conservation de l'esp&#232;ce que tu restes assis exactement o&#249; tu es, que tu regardes le vent souffler dans les branches et que tu notes consciencieusement ce que je suis en train de te dicter. M&#234;me pour un fou, ce serait compl&#232;tement d&#233;lirant. Alors, j'ai suppos&#233; que c'&#233;tait l'analyste qui avait install&#233; un dispositif permettant de diffuser via de minuscules haut-parleurs infrasoniques dispos&#233;s dans le jardin des messages destin&#233;s &#224; me contr&#244;ler. J'ai observ&#233; attentivement le jardin, mais je n'ai rien vu. Et puis, surtout, le discours de la voix et celui de l'analyste n'avaient rien &#224; voir. Non, la voix voulait que j'&#233;crive un ensemble de remarques sur la marche &#224; suivre dans mon cahier, des remarques sur la marche &#224; suivre pour faire tourner ind&#233;finiment la boucle sur elle-m&#234;me qu'elle me dictait et que je n'avais qu'&#224; noter par &#233;crit. Mais d'o&#249; vient cette voix ? Je vais y revenir. Maintenant que j'ai trouv&#233; le moyen de me lib&#233;rer de cette voix, je peux encore regarder le vent souffler dans les branches, c'est la m&#234;me chose qu'avant, mais ce n'est pas du tout la m&#234;me chose qu'avant. Je viens sur ce banc tous les jours pour noter non pas ce que la voix me dicte, mais ce que, moi, j'ai envie de dire, et pour commencer comment je me suis lib&#233;r&#233; de la voix. Eh bien, en fait, c'est tr&#232;s simple, j'ai cess&#233; de faire attention &#224; elle. J'ai fait exactement comme tout le monde fait tous les jours depuis toujours : je n'ai pas &#233;cout&#233;, j'ai arr&#234;t&#233; d'&#233;couter. Et puis, c'est tout. Et j'ai compris par la m&#234;me occasion qu'il ne fallait surtout pas &#233;couter tous les bruits, tous les sons de l'environnement, sinon la voix de l'esp&#232;ce se met &#224; te parler, et tu peux facilement &#234;tre fascin&#233; par ce qu'elle te raconte. Une fois que tu as compris que tu n'&#233;tais pas fou, tu peux tout &#224; fait te laisser subjuguer par la voix de l'esp&#232;ce qui te parle, qui te donne des conseils si raisonnables, qui te donnent une marche &#224; suivre on ne peut plus claire, on ne peut plus sens&#233;e, on ne peut plus simple. Si tu commences &#224; l'&#233;couter, il devient tr&#232;s vite tr&#232;s difficile de ne plus l'entendre parce la monotonie de la voix a quelque chose qui hypnotise, un peu comme le chant des sir&#232;nes, je suppose, je ne sais pas, je ne l'ai jamais entendu, une voix tr&#232;s douce, ni m&#226;le ni femelle, une pure voix qui parle, un souffle signifiant. C'est de l&#224; que vient la voix, de l'environnement, la voix de l'esp&#232;ce parle de tout ce qui t'entoure, elle te dit ce qu'il faut faire pour que tout continue de cro&#238;tre. J'ai cess&#233; d'&#233;couter cette voix parce que je savais que je ne serais plus moi-m&#234;me si je continuais de l'&#233;couter, je savais que j'allais devenir quelqu'un d'autre, je savais que j'allais prendre racine, que j'allais m'int&#233;grer &#224; quelque chose qui, au final, m'est peut-&#234;tre compl&#232;tement &#233;tranger, devenir une partie d'un corps que je con&#231;ois comme tout &#224; fait &#233;tranger, comme tout &#224; fait ext&#233;rieur &#224; moi-m&#234;me, avec lequel je veux bien cohabiter, oui, &#231;a, pourquoi pas, mais que je ne veux surtout pas devenir. Je ne sais pas ce que je vais devenir, et c'est ce qui me maintient en vie, pas ce que me dit la voix de l'esp&#232;ce, qui ne cesse de me r&#233;p&#233;ter que si je n'&#233;tais pas l&#224;, ce serait exactement la m&#234;me chose, il y aurait quelqu'un d'autre &#224; ma place. Quelqu'un d'autre oui, c'est ce que j'ai r&#233;pondu, quand j'ai compris qu'il suffisait de ne plus &#233;couter la voix, c'est ce que j'ai r&#233;pondu &#224; la voix de l'esp&#232;ce, quelqu'un d'autre, oui, mais moi, non. Mais la voix de l'esp&#232;ce n'&#233;coute pas, ce n'est qu'une voix, c'est tout. Pourtant, tout le probl&#232;me est l&#224; : elle est bien belle, cette histoire de z&#233;ro, d'addition et de soustraction faciles, un moins un &#233;galent z&#233;ro plus un moins un &#233;galent z&#233;ro, mais moi, en tant que petit un, je tiens quand m&#234;me &#224; moi-m&#234;me, un autre un, cela ne fait pas de diff&#233;rence dans le calcul, un &#233;gale un, mais pour moi, oui, cela fait une diff&#233;rence, cela fait toute la diff&#233;rence. Oh, je sais, oui, je sais tr&#232;s bien ce que m'aurait r&#233;pondu la voix de l'esp&#232;ce si elle m'avait &#233;cout&#233;, elle m'aurait r&#233;pondu que je ne dispara&#238;trai pas, que je ferai partie de quelque chose de plus grand que moi, de quelque chose de plus fort que moi, de quelque chose de plus vaste que moi, de quelque chose de plus important que moi, mais je ne veux pas faire partie de quelque chose de plus grand, de plus fort, de plus important que moi, non, je ne veux faire partie de rien d'autre que moi. Je veux devenir quelque chose que je ne connais pas, mais quelque chose que je pourrai encore dire moi, je ne veux pas devenir un corps ob&#232;se, bourr&#233; de gens comme moi, qui auraient pu &#234;tre autres qu'ils ne sont, et qui ont accept&#233; la v&#233;rit&#233; qu'ils pourraient &#234;tre autres qu'ils ne le sont parce que de toute fa&#231;on, ils sont morts, alors cela ne sert plus &#224; rien, ou bien avant, bien avant, oui, ils ont accept&#233; de faire partie de quelque chose de plus grand qu'eux, ils ont accept&#233; de faire partie d'une Famille, d'une Entreprise, d'un &#201;tat, d'une Nation, chaque fois, c'est la voix de l'esp&#232;ce qu'ils ont &#233;cout&#233;e, qui ass&#232;ne, insiste, r&#233;p&#232;te inlassablement : Disparais dans quelque chose de plus important que toi, tu n'es rien si tu ne fais pas partie de quelque chose de plus vaste que toi. Ce n'est pas vrai, c'est ce que j'aurais voulu r&#233;pondre &#224; la voix de l'esp&#232;ce, mais la voix de l'esp&#232;ce n'&#233;coute pas, non, la voix de l'esp&#232;ce parle, et puis c'est tout, ce n'est pas vrai, c'est ce que je vais dire de toute fa&#231;on, c'est ce que j'&#233;cris qu'elle &#233;coute ou qu'elle n'&#233;coute pas, ce n'est pas vrai, moi, ici, dans le jardin que j'ai r&#233;ussi &#224; conqu&#233;rir, je n'ai pas envie de devenir une plante parmi les plantes, je n'ai pas envie de me fondre dans une fausse nature fabriqu&#233;e de toutes pi&#232;ces, je n'ai pas envie de dispara&#238;tre au profit de quelque chose qui me d&#233;passe, je peux tr&#232;s bien continuer d'&#234;tre, continuer de devenir et ne faire de mal &#224; personne, et ne rien d&#233;truire, et ne rien ruiner, et continuer de devenir ce que je suis en train de devenir et que je ne connais pas et que pourtant j'appellerai moi, encore moi. Si je me laissais absorber par ce qui m'entoure, je ne pourrais plus dire moi, je ne pourrais m&#234;me pas dire nous, nous c'est moi plus moi plus moi plus moi plus moi qui parlons ensemble sans soustraction aucune, je ne pourrais que dire on, prendre la voix de l'impersonnalit&#233;, ne plus parler en mon nom propre, ne parler en aucun nom propre, parler d'une voix monotone qui ne serait pas la mienne, qui ne serait qu'une voix, pas une oreille, ce serait moi, l'oreille, dont la bouche &#226;nonnerait tout ce qu'on lui dirait de dire, qui ne dirait jamais non, mais on, tout le temps. Oh, je sais que cela peut para&#238;tre fou, compl&#232;tement d&#233;lirant, mais pas du tout. J'ai fait cette exp&#233;rience dans le jardin de l'asile d'ali&#233;n&#233;s o&#249; j'ai &#233;chou&#233;. Et c'est cette exp&#233;rience que je relate &#224; pr&#233;sent pour qu'elle serve &#224; d'autres, dans l'espoir qu'elle serve &#224; d'autres &#224; qui l'on voudra faire accroire qu'ils peuvent se dissoudre, qu'ils ont m&#234;me tout int&#233;r&#234;t &#224; se dissoudre dans quelque chose qui les d&#233;passe de loin, que c'est l&#224; leur salut parce qu'au fond des choses, eux ou un autre, cela ne fait pas de diff&#233;rence. Or, si cela ne fait pas diff&#233;rence, adh&#232;re, adh&#232;re &#224; la Famille, &#224; l'Entreprise, au Parti, au Dieu, &#224; la Patrie, &#224; l'&#201;tat, &#224; la Nation, &#224; l'Esp&#232;ce, &#224; la Nature, ne deviens pas ce que tu n'as pas l'intention de devenir, mais que tu deviens quand m&#234;me, ne te transforme pas, abolis-toi, abolis ta personnalit&#233;, d&#233;pouille-toi de ta perspective, laisse tes id&#233;es, oublie tes id&#233;es, oublie tout ce que tu as &#233;t&#233;, ne te retourne pas, ne te retourne plus jamais, regarde dans cette direction-l&#224;, pas une autre, celle-l&#224; seulement, et tu verras. Assis seul dans ce jardin, j'ai &#233;cout&#233; la voix qui me disait dans quelle direction regarder, j'ai vu, moi aussi, le z&#233;ro de la boucle infinie, et il n'y a rien &#224; voir, qu'une direction unique, la roue qui tourne sans fin dans le m&#234;me sens. Ce n'est pas la mort, c'est pire encore, c'est un temps qui s'&#233;coule sans personne, mais qui a besoin de tous les corps de ces personnes pour couler, qui a besoin de l'abandon de toutes les personnes pour continuer de couler. J'ai cess&#233; d'&#233;couter cette voix, et cela a suffi. Mais quelle voix ai-je &#233;cout&#233; alors ? Aucune. Je crois que je me suis enfonc&#233; un peu plus dans ma direction. Tout ce que j'ai fait jusqu'&#224; pr&#233;sent, me suis-je dit quand j'ai cess&#233; d'&#233;couter la voix, ne m'a pas conduit ici. Apr&#232;s tout, je pourrais &#234;tre ailleurs. Ce n'est pas une n&#233;cessit&#233;. Non mais je peux tirer le meilleur de cet endroit et avancer encore dans ma direction, aller encore un peu plus loin. Combien de fois dans une vie a-t-on la chance d'avoir un jardin seul &#224; soi o&#249; respirer, laisser le temps passer et faire l'exp&#233;rience qu'on n'a jamais faite ? Une, peut-&#234;tre deux, c'est ce que je me suis dit. Sauf que moi, je ne l'avais jamais eue jusqu'&#224; pr&#233;sent. J'ai cru l'avoir, oui, j'ai cru l'avoir dans la cabane, mais ce fut un &#233;chec. Ce fut &#233;chec parce que ce fut une erreur de croire que je pourrais avancer dans ma direction sans savoir ce qu'il y avait alentour, sans explorer tout ce qu'il y avait autour. Et c'est en explorant tout ce qu'il y avait autour que je me suis rendu compte que je me trompais, que j'&#233;tais dans l'erreur, que cet isolement, cette &#238;le que je souhaitais devenir ne recouvrait aucune r&#233;alit&#233;, &#233;tait simplement un pi&#232;ge qu'on m'avait tendu pour que je reste un enfant, un esclave, pour que je continue d'appartenir &#224; ce groupe auquel, en fait, moi, sans m&#234;me le savoir vraiment, je n'avais aucune envie d'appartenir. J'avais envie de changer, mais on ne voulait pas que je change, on voulait que je reste le m&#234;me, dans ma cabane moisie, dans ma cabane qui sentait l'humidit&#233;, la pourriture et la mort, pendant que le groupe auquel je ne voulais plus appartenir jouissait dans la sublime demeure construite pour des dieux et me retenait captif. &#192; pr&#233;sent, dans cet asile d'ali&#233;n&#233;s, c'est peut-&#234;tre bizarre de le dire comme je vais le dire mais c'est ainsi qu'il faut que je le dise, &#224; pr&#233;sent, dans cet asile d'ali&#233;n&#233;s, je sais o&#249; je suis. Je n'ai pas de doute. Je sais qu'il n'y a rien derri&#232;re la porte. Et quand m&#234;me il y aurait quelque chose derri&#232;re la porte, l'univers de l'autre c&#244;t&#233; de la porte est semblable &#224; l'univers de ce c&#244;t&#233;-ci de la porte. D'un c&#244;t&#233; ou de l'autre de la porte, c'est le m&#234;me univers. De ce c&#244;t&#233;-ci ou de ce c&#244;t&#233;-l&#224;, ce sera le m&#234;me espace. Sauf qu'ici, une &#238;le dans mon jardin, une &#238;le dans mon archipel, j'ai tout le loisir de faire mes exp&#233;riences. Faire ses exp&#233;riences, ce n'est pas un loisir, mais on ne nous en laisse jamais le temps, on ne nous en laisse jamais le loisir. Parce que c'est dangereux ? En un sens, oui, peut-&#234;tre mais en fait, non. Ce qui est dangereux, c'est la peur du changement, la peur du devenir, la soif inalt&#233;rable de maintenir le collectif, l'entit&#233; sup&#233;rieure sous sa forme de masse compacte. La communaut&#233; du groupe. Ce qui est dangereux, c'est de vouloir sauver le continent quand, pr&#233;cis&#233;ment, c'est un archipel, quand justement ceux qui le peuplent ne veulent qu'une chose, voler en &#233;clats, mais qu'on leur nie le droit d'&#233;clater, de devenir des &#238;les, de se multiplier, plut&#244;t que de cro&#238;tre dans le sens de la masse, d'une masse toujours plus grande, plus riche, plus puissante, plus &#233;touffante, ob&#232;se, toujours plus une, m&#234;me si un, cela ressemble &#224; s'y m&#233;prendre &#224; z&#233;ro. Z&#233;ro, c'est faux, c'est ce que l'on nous fait accroire pour que nous nous annulions nous-m&#234;mes. Z&#233;ro, c'est faux. La Famille, l'Entreprise, le Parti, le Dieu, la Patrie, l'&#201;tat, la Nation, l'Esp&#232;ce, la Nature, c'est un un bien droit, raide comme une majuscule, qui se fait passer pour un z&#233;ro au service de deux qui s'y annulent. Il faut fractionner les unit&#233;s, &#233;clater les entit&#233;s, diviser l'unit&#233;, soustraire l'identit&#233;, &#233;voluer entre le z&#233;ro et le un, quelque part apr&#232;s la virgule, l'infinit&#233; des nombres possibles apr&#232;s la virgule, tous les nombres possibles apr&#232;s la virgule, m&#234;me un z&#233;ro apr&#232;s la virgule, m&#234;me un un apr&#232;s la virgule. Tous les possibles sont l&#224;, &#224; l'infini apr&#232;s la virgule, entre le z&#233;ro et le un, entre le z&#233;ro de la disparition et le un de la domination, le z&#233;ro de la boucle infiniment close sur elle-m&#234;me et le un de la structure qui amasse toujours plus de corps pour cro&#238;tre, rien et quelque chose. Pourquoi se demandet-on toujours pourquoi il y a quelque chose plut&#244;t que rien ? Et s'il n'y avait ni rien ni quelque chose ? Si tout se passait entre les deux ? Dans l'intervalle, non pas dans ce qui devient, mais dans le devenir. Ce n'est pas d'&#234;tre une &#238;le qui est d&#233;sirable, mais de devenir une &#238;le, de se fractionner. Et une fois fractionn&#233;, de se fractionner encore. Ou bien de s'agr&#233;ger au contraire. Et de se diviser ensuite. Et de s'associer plus loin. De ne pas &#234;tre un corps fixe, de n'&#234;tre pas une entit&#233; fig&#233;e, une boucle close sur elle-m&#234;me qui tourne sans fin en rond, de ne pas &#234;tre une chose ronde, de n'&#234;tre pas raide comme un piqu&#233;, droit comme un I, de n'&#234;tre pas fini, de ne pas jouir de la finitude. Mais de jouir de l'infinitude des combinaisons, des possibilit&#233;s, des divisions, des multiplications, ne pas ajouter une unit&#233;, mais l'exploser et faire une association un peu plus loin, et une autre, et une autre, sans qu'il ne serve &#224; rien de compter combien au juste, c'est toujours entre z&#233;ro et un. Apr&#232;s la virgule. Ici, je suis une &#238;le dans un jardin, je suis un arbre dans un archipel, je fais une for&#234;t qui n'a rien &#224; cacher parce que tout est l&#224;, disponible, &#224; port&#233;e de la main, dans le cadre d'une exp&#233;rience, dans le paysage ou tout juste l&#224; sous le bout de son nez, dans le cahier dans lequel j'&#233;cris une exp&#233;rience que, peut-&#234;tre, personne d'autre que moi ne fera jamais, mais qui aura tout de m&#234;me &#233;t&#233; faite. Et il y en aura la trace quelque part. De toute fa&#231;on, les exp&#233;riences ne sont pas faites pour &#234;tre refaites, elles ne sont pas faites pour &#234;tre reproduites &#224; l'identique, elles sont faites pour &#234;tre faites, il faut les faire pour ce qu'elles ont d'unique, tout ce qui en elles, c'est-&#224;-dire quand on les fait, demande &#224; &#234;tre saisi, attend d'&#234;tre, tout ce qui, en elles, est l&#224; pour cela. Tout est l&#224; pour cela. Pour l'exp&#233;rience qu'on en fait, qu'on fera encore. Quand je l&#232;ve la t&#234;te, je vois le vent qui souffle dans les branches et le vent qui souffle dans les branches, je sais que c'est le temps qui passe. C'est vrai. Mais ce n'est pas mon exp&#233;rience, c'est l'exp&#233;rience de l'arbre et du vent. Mon exp&#233;rience encore plus loin. Dans le bleu du ciel aujourd'hui. La derni&#232;re fois que j'ai regard&#233; le ciel, je m'en souviens, il &#233;tait gris. Et c'&#233;tait d&#233;j&#224; mon exp&#233;rience. Comme l'envie de sauter par-dessus bord et de m'&#233;craser par terre. J'aurais laiss&#233; une trace, mais on l'aurait bien vite effac&#233;e. Et bien vite aussi, il ne serait plus rien rest&#233; de moi. C'est ce que je voulais. Je sais que c'est ce que je voulais, mais j'ai pr&#233;f&#233;r&#233; fuir. Nulle part. Mais ce n'est pas possible de fuir nulle part. On fuit toujours quelque part. Aussi, ne fuit-on jamais. On va quelque part. Moi, quand je voulais fuir, je ne voulais pas aller quelque part, o&#249; pourtant il &#233;tait n&#233;cessaire que j'aille, non, moi, je voulais fuir, purement et simplement fuir. C'&#233;tait vou&#233; &#224; l'&#233;chec. J'aurais d&#251; vouloir aller quelque part. Ou, du moins, accepter le compromis que la fuite devait me conduire quelque part. N&#233;cessairement quelque part. Mais celui qui fuit, comme moi je voulais fuir, celui-l&#224; n'est pas dispos&#233; au compromis. Il est plus dispos&#233; &#224; l'&#233;chec qu'au compromis. Il pr&#233;f&#232;re encore se tromper, &#233;chouer lamentablement, c'est-&#224;-dire se lamenter ensuite d'avoir &#233;chou&#233;, plut&#244;t que d'accepter une solution interm&#233;diaire, une sorte d'accord, si l'on veut, entre le possible et l'impossible. Vouloir l'impossible, c'est cela qui s'appelle fuir. Et j'ai fui. Et n&#233;cessairement, j'ai &#233;chou&#233;. Ici, dans ce jardin. Dans ce jardin, qu'on pourrait dire nulle part, si l'on voulait, mais ce ne serait qu'une fa&#231;on de parler. Ce n'est pas ce dont j'ai besoin. Pour les fa&#231;ons de parler, j'ai ce cahier dans lequel je note mon exp&#233;rience pour qu'elle ne disparaisse pas sans laisser la moindre trace, quand m&#234;me ce serait une trace invisible. Le ciel &#233;tait gris alors et &#224; pr&#233;sent qu'il est bleu, je peux &#233;crire. C'est mieux que de lui tourner le dos, de ne pas regarder, de tourner le fauteuil dans le sens oppos&#233; &#224; celui de la fen&#234;tre et de faire comme si la lumi&#232;re n'&#233;tait pas &#233;lectrique, comme si elle venait du ciel, alors que rien ne vient plus du ciel depuis longtemps, plus d'espoir, plus rien. Ici, c'est diff&#233;rent, dans mon jardin, le ciel est bleu, peut-&#234;tre que j'imagine que le ciel est bleu, peut-&#234;tre qu'en fait, il n'y a pas de ciel au-dessus de moi, peut-&#234;tre suis-je enferm&#233; dans une serre, dans une demi-sph&#232;re, prisonnier sous un d&#244;me, mais cela n'a pas d'importance du moment que je puis voir le ciel bleu parce que j'aime les cieux quand ils sont bleus, pas quand ils sont gris. Je dis que cela n'a pas d'importance que je sois enferm&#233; dans cette serre, demi-sph&#232;re, sous ce d&#244;me, et que le souffle du vent ne soit que celui de la climatisation parce que l'essentiel, c'est que je parvienne &#224; voir le ciel bleu, &#224; faire l'exp&#233;rience dont j'ai besoin pour continuer de vivre, de devenir un nombre de plus apr&#232;s la virgule, toujours plus de nombres, un nombre toujours plus grand, mais qui n'est plus z&#233;ro depuis longtemps, et ne sera jamais un. Je ne sais pas si je vais sortir d'ici, c'est vrai, je ne sais pas si je pourrais faire un archipel ailleurs qu'ici, un archipel qui serait un peu moins artificiel, dont l'artifice ne serait pas aussi manifeste, qui aurait certaines caract&#233;ristiques de ce qu'on appelle naturel. &lt;i&gt;Forse che s&#236; forse che no&lt;/i&gt;. Qui vivra, verra. Moi, ce que je sais, c'est que j'ai chang&#233;, que je veux vivre. Avant, quand j'&#233;tais dehors, dans l'appartement, la grande ville, la for&#234;t, la cabane, dehors, en quelque sorte, je ne voulais plus vivre. &#192; pr&#233;sent que je suis enferm&#233;, je veux vivre. Et je crois que je veux sortir aussi. C'est ironique. Peut-&#234;tre que oui, en effet. Mais c'est aussi que quelque chose s'est produit, quelque chose que je n'avais pas pr&#233;vu, moi qui voulais fuir pour aller nulle part, j'ai appris, sans doute, qu'apr&#232;s tout, o&#249; importe peu, ce qui compte, c'est ce qu'on y fait. Comme moi, ici, dans mon univers artificiel, qui prend le plafond en forme de demi-sph&#232;re de la serre pour le ciel et la climatisation pour le vent qui souffle dans les arbres et fait le temps qui passe. Le temps passe, c'est certain, mais la climatisation n'y est pour rien. Elle sauve les apparences. Moi, je fais d'autres apparences. Peut-&#234;tre que je ne sortirai pas d'ici, jamais. Mais tant pis, je continuerai &#224; faire mes exp&#233;riences. Il suffit de penser que le ciel est bleu et que le vent qui souffle dans les branches de l'arbre en faisant bouger les feuilles est le temps qui passe pour que l'exp&#233;rience soit compl&#232;te. Compl&#233;ter l'exp&#233;rience. Et multiplier les exp&#233;riences. C'est tout ce que j'ai &#224; faire ici. Je peux tout oublier. Tout peut dispara&#238;tre. &#199;a tombe bien, tout doit dispara&#238;tre. Tout autour tout peut s'estomper, passer, n'&#234;tre plus l&#224;, jamais, finalement, n'est-ce pas indiff&#233;rent ? Tu ne fais pas un avec l'univers, tu fais des milliards. C'est tout autre chose sans que rien ne change, pourtant. Mais c'est comme le paysage, si tu le regardes de face ou un peu oblique, les formes ne sont pas les m&#234;mes. C'est comme un canard que tu peux voir comme un canard et que, soudain, tu vois comme un lapin. Et le lapin que tu viens de voir, tu peux le voir aussi comme un canard. C'est une question de point de vue, de regard, de perspective. Oui, on peut voir &#231;a comme &#231;a. Mais c'est une exp&#233;rience, chaque fois. Chaque fois, une exp&#233;rience singuli&#232;re que tu ne peux r&#233;duire &#224; rien d'autre, mais que tu peux comparer &#224; toutes les autres exp&#233;riences que tu fais. Le plafond de la serre, je le vois comme le ciel bleu et le ciel bleu comme le plafond de la serre. Peut-&#234;tre n'est-ce m&#234;me pas une serre, peut-&#234;tre simplement un b&#226;timent en b&#233;ton avec un plafond de verre. Et moi, j'ai un plafond de verre au-dessus de la t&#234;te. Je ne suis peut-&#234;tre jamais sorti de chez moi, peut-&#234;tre suis-je simplement allong&#233; sur mon lit. Je ne sais pas s'il y a un moyen de savoir. Pour les besoins de l'argument, il vaut mieux dire que je suis ici, dans ce bloc de b&#233;ton au c&#339;ur de l'asile d'ali&#233;n&#233;s o&#249; l'on m'a enferm&#233; et que j'imagine que le ciel est bleu pour ne pas perdre compl&#232;tement l'esprit, pour ne pas me laisser mourir trop vite, mais continuer de devenir ce que j'avais imagin&#233; devenir. Ce n'est peut-&#234;tre pas ce qu'il y a de plus beau au monde, mais c'est tout ce que j'ai pour l'instant. Un bloc de b&#233;ton pour maison, pour l'instant, c'est tout ce dont je peux r&#234;ver, c'est tout ce qui me fait r&#234;ver, c'est tout ce qui me pousse &#224; continuer d'&#233;crire dans mon petit jardin l'exp&#233;rience que je fais. L'exp&#233;rience que je suis. Une exp&#233;rience qui n'a peut-&#234;tre aucun sens, qui peut-&#234;tre ne sera jamais partag&#233;e, c'est possible, je le sais, je ne me fais aucune illusion &#224; ce sujet, mais une exp&#233;rience continue, qui se prolonge, faisant de moi ce que je n'imaginais pas, ce que je ne pouvais pas imaginer. Peut-&#234;tre que je vais mourir ici. Il faut bien mourir quelque part. Ou alors, je vais vivre. Qui sait. Vivre oui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ce matin, j'ai de nouveau aper&#231;u l'analyste qui...</title>
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&lt;p&gt;Ce matin, j'ai de nouveau aper&#231;u l'analyste qui me regardait &#224; la d&#233;rob&#233;e par la fen&#234;tre. Cela faisait plusieurs semaines que je ne l'avais pas vue, l&#224;, qui me regardait. Plusieurs semaines aussi que je ne l'avais pas crois&#233;e dans les couloirs. Comme je ne vais plus &#224; nos s&#233;ances quotidiennes, ce sont les deux seuls endroits o&#249; je pourrais la voir. Quand je l'ai vue, ce matin, qui me regardait &#224; la d&#233;rob&#233;e, cela m'a fait quelque chose. Un peu comme si elle me manquait. Elle ne me manquait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://bakl.it/viesociale/spip.php?rubrique59" rel="directory"&gt;51&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce matin, j'ai de nouveau aper&#231;u l'analyste qui me regardait &#224; la d&#233;rob&#233;e par la fen&#234;tre. Cela faisait plusieurs semaines que je ne l'avais pas vue, l&#224;, qui me regardait. Plusieurs semaines aussi que je ne l'avais pas crois&#233;e dans les couloirs. Comme je ne vais plus &#224; nos s&#233;ances quotidiennes, ce sont les deux seuls endroits o&#249; je pourrais la voir. Quand je l'ai vue, ce matin, qui me regardait &#224; la d&#233;rob&#233;e, cela m'a fait quelque chose. Un peu comme si elle me manquait. Elle ne me manquait pas vraiment, j'ai mon cahier, sur lequel je travaille, et j'avance bien, j'aurais bient&#244;t fini, mais quand m&#234;me j'ai &#233;t&#233; presque heureux de la voir &#224; nouveau me regarder &#224; la d&#233;rob&#233;e. J'insiste : quand elle a vu que je la voyais, elle a eu le r&#233;flexe de se cacher. J'ai souri la voyant faire. Et puis, je me suis demand&#233; s'il fallait anticiper un changement dans nos rapports, si elle allait vouloir que nous revenions en arri&#232;re. Mais quelques secondes apr&#232;s, j'ai vu une main qui tirait le rideau et, derri&#232;re, c'&#233;tait elle, qui me regardait de nouveau comme avant sans que cela ne me d&#233;range le moins du monde. Le gardien, lui, ne vient plus me surveiller, il a mieux &#224; faire, c'est ce que l'analyste a d&#251; lui faire comprendre, si bien que je suis seul au monde, je suis &#224; moi-m&#234;me le monde. On peut voir l'analyste comme une mani&#232;re de satellite qui tourne autour de moi. &#192; ceci pr&#232;s, bien s&#251;r, qu'il ne tourne pas, qu'il est fixe, et que c'est tr&#232;s bien ainsi. Quand je dis que j'aurais bient&#244;t fini d'&#233;crire dans mon cahier, en fait, je ne sais pas, je crois simplement que j'aurais besoin d'un deuxi&#232;me cahier. Je ne sais pas o&#249; je vais alors autant continuer. Je ne dirais pas que j'ai trouv&#233; ici un lieu qui me convient. Je me trouve tout de m&#234;me dans un asile d'ali&#233;n&#233;s. M&#234;me si ce n'est plus le nom que l'on donne &#224; ces endroits, c'est bien ici que je me trouve. Enferm&#233; et en m&#234;me temps dehors, c'est &#233;trange, mais c'est comme &#231;a. Peut-&#234;tre que c'est ce que j'ai trouv&#233; de mieux. Peut-&#234;tre qu'un autre que moi aurait trouv&#233; un moyen de demeurer dans la maison ou de vivre sa vie dans la grande ville. Un autre que moi, peut-&#234;tre, mais moi, c'est tout ce que j'ai. Je n'aurais pas pu vivre ma vie dans la grande ville parce que ma vie, ce n'est pas la grande ville. Il est vrai de dire que j'ai v&#233;cu toute ma vie dans la grande ville (celle-ci ou une autre), mais je n'appartiens pas &#224; la grande ville, je ne me suis jamais rendu &#224; elle, j'ai toujours d&#233;sir&#233; voir l'horizon. Pour vivre dans la grande ville, il faut lui appartenir, c'est-&#224;-dire qu'il faut oublier l'horizon, il faut renoncer &#224; l'horizon, il faut accepter la myopie fondamentale, la myopie essentielle de la grande ville, sa courte vue. Les grandes villes ne traversent pas l'histoire, elles font croire &#224; ceux qui s'y sont abandonn&#233;s qu'elles sont le seul horizon possible. Alors qu'il suffit parfois de faire un petit kilom&#232;tre pour s'apercevoir qu'il n'en est rien. Que l'horizon est encore possible. Pour combien de temps ? Je ne sais pas. Pas longtemps, sans doute. Ce qui explique peut-&#234;tre que je me retrouve ici, o&#249; je ne me sens pas si mal, ici, dedans et dehors. Dans une grande ville, il y avait un asile d'ali&#233;n&#233;s, et dans cet asile d'ali&#233;n&#233;s, il y avait un jardin et dans ce jardin, il y avait un homme qui se pr&#233;nommait J&#233;r&#244;me. C'est comme cela que le conte pour les enfants pas sages, les enfants bizarres, devrait commencer. J'aurais pu commencer ainsi, moi aussi, mais qui pouvait pr&#233;voir que je finirais ici ? Si j'avais pu le pr&#233;voir, est-ce que j'aurais seulement commenc&#233; ? Je ne sais pas. Je ne sais pas grand-chose. Je crois que non. Pas &#224; cause de l'endroit, non, &#224; cause du savoir. Je n'aurais pas voulu savoir que je finirais ici. Si j'avais su o&#249; je finirais &#8212; ici ou ailleurs &#8212;, je n'aurais pas commenc&#233;. On ne raconte pas une histoire si tout est &#233;crit d'avance. Moi, en tout cas, je ne peux pas, il faut toujours que j'invente. Quelquefois, je regarde le ciel, et je me dis que c'est parfait ainsi, que c'est exactement tout ce dont j'ai besoin. Et quand je ne le regarde pas, je me dis que c'est bien aussi. J'ai peut-&#234;tre abandonn&#233;, en un sens, c'est vrai que j'ai laiss&#233; tomber, mais chaque jour qui passe l'id&#233;e de ce que je suis suppos&#233; avoir laiss&#233; tomber se fait plus vague. Bient&#244;t, je pense qu'il n'en restera plus rien. Paradoxalement peut-&#234;tre, ce n'est pas ce que j'&#233;cris dans mon cahier. Dans mon cahier, il me semble que j'&#233;cris ce qui se trouve d&#233;j&#224; apr&#232;s, quand la notion de ce que j'aurai abandonn&#233; sera devenue si floue qu'on ne pourra plus la cerner, quand je ne l'aurai pas oubli&#233;e, non, quand elle aura disparu. Il me semble que c'est ce que j'&#233;cris, mais je ne peux pas le savoir, il faut que j'attende que l'id&#233;e se soit dissip&#233;e. Et m&#234;me &#224; ce moment-l&#224;, je ne saurais pas vraiment puisque l'id&#233;e d'avant &#224; laquelle je pourrais comparer cet apr&#232;s aura disparu. Je ne saurai donc jamais si j'ai perdu quelque chose ou non. Est-ce que c'est mal ? &#192; vrai dire, je ne crois pas. Je suis assis, j'entends le temps qui passe dans le souffle des branches. Je regarde le ciel et j'&#233;cris quelque chose dans mon cahier. Et puis, c'est tout. Non. Ce n'est pas tout. Je vais prendre racine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Je suis entr&#233; dans le jardin et je me suis...</title>
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&lt;p&gt;Je suis entr&#233; dans le jardin et je me suis dirig&#233; vers le banc o&#249; j'ai l'habitude de m'asseoir. J'ai sorti mon cahier de ma poche et le stylo de l'autre poche. J'ai pos&#233; le cahier et le stylo &#224; c&#244;t&#233; de moi sur le banc, je n'avais plus de raisons de faire semblant d'&#233;crire ou de travailler sur moi-m&#234;me ou &#224; quoi que ce soit. D&#233;sormais, je pouvais faire tout ce que je voulais. J'ai lev&#233; la t&#234;te, et j'ai vu que l'analyste m'observait. Cette fois-ci, contrairement &#224; la fois pr&#233;c&#233;dente, quand (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je suis entr&#233; dans le jardin et je me suis dirig&#233; vers le banc o&#249; j'ai l'habitude de m'asseoir. J'ai sorti mon cahier de ma poche et le stylo de l'autre poche. J'ai pos&#233; le cahier et le stylo &#224; c&#244;t&#233; de moi sur le banc, je n'avais plus de raisons de faire semblant d'&#233;crire ou de travailler sur moi-m&#234;me ou &#224; quoi que ce soit. D&#233;sormais, je pouvais faire tout ce que je voulais. J'ai lev&#233; la t&#234;te, et j'ai vu que l'analyste m'observait. Cette fois-ci, contrairement &#224; la fois pr&#233;c&#233;dente, quand elle a vu que je la voyais, elle n'a pas bronch&#233;, elle n'a pas essay&#233; de se cacher derri&#232;re le rideau, elle est rest&#233;e, elle continuait de me regarder, cela n'avait plus la moindre importance &#224; pr&#233;sent que je la voie me voir ou que je ne la voie pas me voir, je savais qu'elle me regardait, elle pouvait donc s'abandonner &#224; sa manie. J'ai pens&#233; lui faire un geste de la main pour lui faire comprendre qu'il fallait qu'elle arr&#234;te de me regarder, qu'elle fasse autre chose, qu'elle s'occupe de ses autres patients, mais non, je n'en ai rien fait. Je me suis dit apr&#232;s tout qu'elle me regarde ou qu'elle ne me regarde pas, cela n'a aucune importance, les oiseaux me regardent aussi, et je ne leur demande pas de d&#233;tourner le regard, le gardien reste l&#224;, devant l'entr&#233;e du jardin, il fait plus ou moins bien semblant de me surveiller, mais cela n'a aucune importance, maintenant que j'ai la pleine jouissance du jardin, cela n'a plus aucune importance. Quand m&#234;me, ai-je ajout&#233; pour moi-m&#234;me, quand m&#234;me, et dire qu'il suffisait de pousser la porte pour entrer. Et dire qu'il suffit &#224; n'importe qui de pousser la porte pour entrer et qu'elle m'a fait croire que l'acc&#232;s au jardin &#233;tait un privil&#232;ge dont elle pouvait me priver parce que seuls ceux qui ont l'autorit&#233; dans cet endroit ont la clef et peuvent ou non me faire entrer dans le jardin. Bien s&#251;r que j'ai cru &#224; ce mensonge, les mensonges ne fonctionnent que s'il se trouve quelqu'un pour y croire. Et ce quelqu'un, c'est moi, me suis-je dit &#224; moi-m&#234;me en souriant. Et les autres ? Oh, les autres, je suppose qu'ils se foutent pas mal du jardin, non ? Oui, ils doivent s'en foutre compl&#232;tement, ils n'ont aucune envie de passer tous leurs apr&#232;s-midis, et encore moins toutes leurs journ&#233;es, assis sur un banc dans un jardin, &#224; ne rien faire, &#224; r&#234;ver, m&#234;me pas &#224; r&#234;ver, &#224; respirer, &#224; &#233;couter, &#224; voir. Non, ils restent &#224; l'int&#233;rieur, ils regardent la t&#233;l&#233;vision, la fen&#234;tre sur le monde, comme on dit, devant la t&#233;l&#233;vision, ou devant l'&#233;cran de leur ordinateur, ou devant l'&#233;cran de leur tablette, ou de leur t&#233;l&#233;phone, du plus grand au plus petit, ou devant n'importe quoi, on te dit, tu es en prise avec le r&#233;el, tu peux interagir, tu peux agir, signe la p&#233;tition, regarde tous ces gens qui souffrent, regarde comme c'est laid, le capitalisme, regarde comme c'est mal le racisme, &#224; mort la guerre, vive les femmes puissantes, et plus personne ne met le nez dehors, m&#234;me quand ils sont effectivement dehors, les gens restent coll&#233;s le nez devant leur &#233;cran, leur fen&#234;tre sur le monde. Apr&#232;s tout, s'ils n'ont pas envie de sortir, ce n'est pas moi qui vais les y obliger. Peut-&#234;tre qu'ils finiront par voir que la porte est ouverte et qu'il suffit de la pousser, qu'ils ne sont pas oblig&#233;s de rester enferm&#233;s, qu'ils ne sont pas oblig&#233;s de se contenter d'une promenade dans les couloirs, mais qu'ils peuvent sortir, aller &#224; la rencontre du dehors. Mais ce n'est pas moi qui vais aller le leur dire, non. Le genre tribun qui harangue les foules en leur criant r&#233;veillez-vous, non merci, tr&#232;s peu pour moi. Je raconte mon histoire, c'est d&#233;j&#224; beaucoup, je trouve. D'autant que, quand je la raconte, personne ne me croit, on me prend pour un fou, et je me retrouve ici. Mais ce n'est pas plus mal que je me sois retrouv&#233; ici, pas plus mal qu'on m'ait pris pour un fou. Je suis mieux ici qu'en cabane. Tiens, c'est dr&#244;le. Je n'y avais pas pens&#233;. Mais oui, c'est vrai, je suis mieux ici qu'ailleurs, peut-&#234;tre que n'importe o&#249;. Ici, je peux laisser le temps passer, je peux le sentir passer, c'est le vent qui souffle dans les branches. Ici, je peux penser, je peux me sentir penser, c'est le bruit du vent qui souffle dans les branches. Je vais rester ici. Oui, c'est encore ici que je suis le mieux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#8212; C'est aussi simple que &#231;a.</title>
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&lt;p&gt;C'est ce qu'il m'a r&#233;pondu. J'ai cru qu'il se moquait de moi, mais il n'est pas capable de se moquer des gens dans son uniforme blanc avec ses sabots blancs et sa petite toque blanche plant&#233;e sur la t&#234;te. Ici, il ne fait qu'ob&#233;ir aux ordres qu'on lui donne de faire ob&#233;ir les patients aux ordres qu'on lui donne de leur donner, et puis c'est tout. Dehors, peut-&#234;tre que dehors, c'est diff&#233;rent, mais ici, non. Si &#231;a se trouve dehors, c'est un sacr&#233; f&#234;tard, mais ici, il a l'air aussi gris que le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est ce qu'il m'a r&#233;pondu. J'ai cru qu'il se moquait de moi, mais il n'est pas capable de se moquer des gens dans son uniforme blanc avec ses sabots blancs et sa petite toque blanche plant&#233;e sur la t&#234;te. Ici, il ne fait qu'ob&#233;ir aux ordres qu'on lui donne de faire ob&#233;ir les patients aux ordres qu'on lui donne de leur donner, et puis c'est tout. Dehors, peut-&#234;tre que dehors, c'est diff&#233;rent, mais ici, non. Si &#231;a se trouve dehors, c'est un sacr&#233; f&#234;tard, mais ici, il a l'air aussi gris que le blanc de son uniforme. J'ai pouss&#233; la porte et je suis entr&#233; et j'ai dit &#224; haute voix mais pour personne en particulier :&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#8212; Elle est toujours ouverte, en fait.</title>
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		<title>&#8212; Comment &#231;a, non ?</title>
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&lt;p&gt;&#8212; Comment &#231;a, non ?&lt;/p&gt;


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		<title>Mais il m'a fait signe que non de la t&#234;te. J'ai...</title>
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&lt;p&gt;Mais il m'a fait signe que non de la t&#234;te. J'ai ajout&#233; :&lt;/p&gt;


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		<title>&#8212; On a d&#251; oublier de la fermer. &#192; cause de...</title>
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&lt;p&gt;&#8212; On a d&#251; oublier de la fermer. &#192; cause de l'incident au r&#233;fectoire.&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#8212; On a d&#251; oublier de la fermer. &#192; cause de l'incident au r&#233;fectoire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>C'est un jardin comme on en r&#234;ve. Il n'est pas...</title>
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&lt;p&gt;C'est un jardin comme on en r&#234;ve. Il n'est pas grand, non, m&#234;me d'un certain point de vue, c'est un petit jardin, mais c'est ce qui le rend si juste, les proportions exactes, mais comme par hasard. Parce qu'il n'est pas grand et m&#234;me plut&#244;t petit, on s'y sent &#224; la fois prot&#233;g&#233;, &#224; l'abri, et ouvert sur le dehors. Quand j'&#233;tais dans le bureau de l'analyste tout &#224; l'heure, je me suis dit que j'avais mis mon dedans dehors, que c'&#233;tait mon jardin public, comme d'autres ont leur jardin secret, et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est un jardin comme on en r&#234;ve. Il n'est pas grand, non, m&#234;me d'un certain point de vue, c'est un petit jardin, mais c'est ce qui le rend si juste, les proportions exactes, mais comme par hasard. Parce qu'il n'est pas grand et m&#234;me plut&#244;t petit, on s'y sent &#224; la fois prot&#233;g&#233;, &#224; l'abri, et ouvert sur le dehors. Quand j'&#233;tais dans le bureau de l'analyste tout &#224; l'heure, je me suis dit que j'avais mis mon dedans dehors, que c'&#233;tait mon jardin public, comme d'autres ont leur jardin secret, et m&#234;me si ce n'est pas l'image la plus &#233;l&#233;gante qui soit, cette image du jardin public, elle n'est pas tout &#224; fait fausse. Le plus &#233;trange, en effet, avec ce jardin, ce n'est pas son int&#233;rieur, ce n'est pas le jardin proprement dit, ces arbres, arbustes, plantes, et tout et tout, que je ne connais pas et qui ne m'int&#233;ressent pas vraiment &#8212; je pourrais me contenter de dire : &#231;a sent bon, et c'est d&#233;j&#224; beaucoup, et c'est ce que je vais faire &#8212;, non, le plus &#233;trange, je m'en suis aper&#231;u quand je suis entr&#233; dans le jardin &#224; l'instant, c'est qu'il n'est pas ferm&#233; &#224; clef. J'ai mis la clef que j'avais obtenue de l'analyste dans la serrure, mais je n'ai pas eu besoin de la tourner dans la serrure quand j'ai mis la clef dans la serrure, la porte a c&#233;d&#233; sous ma l&#233;g&#232;re pression et elle s'est ouverte, aussi simplement que &#231;a. Je me suis retourn&#233; vers mon gardien et je lui ai dit :&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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