La tortue de P. s'appelle Speedy. Quand je suis chez P. au printemps ou en été, je cueille des trèfles au jardin pour les donner à Speedy. Il aime les trèfles. Je dis « il » quand je l'appelle par son prénom et « elle » quand je dis « la tortue » parce que je ne connais pas le masculin de tortue, tandis que je fais toujours attention à ne pas mégenrer la chatte qui est une chatte et pas un chat, et la lapine qui est une lapine et pas un lapin. En automne on a cherché Speedy et on ne l'a pas trouvé. Il s'était enterré pour l'hiver, mais d'habitude il est à quelques centimètres sous la surface et il suffit de gratter un peu pour le localiser : quand on sait où il est, on peut lui faire une couverture de feuilles pour l'aider à passer l'hiver. Mais là, on avait beau gratter, on n'a pas su où il s'était caché. J'ai eu peur qu'il ne se soit fait kidnapper par une autre bête, par exemple, mais P. était confiant. Il était capable de n'avoir aucune idée d'où Speedy se trouvait et, pour autant, de ne pas s'inquiéter. Au printemps, P. m'a dit que Speedy avait réapparu. Comme d'habitude.