Je me souviens de Speedy Gonzales, qui était regardé le dimanche, dans Ça cartoon. Il y avait aussi d'autres cartoons, mais je me souviens principalement de Speedy Gonzales, ce qui est étrange, car ce n'est pas nécessairement un dessin animé où il se passe grand-chose (en vérité, il se passe toujours un peu la même chose, de façon répétée). Je me souviens que ce qu'on regardait le dimanche après-midi, on le regardait avec mon père, bien que je n'ai aucune certitude quant au fait qu'il fût bien présent régulièrement, sans parler de l'être à chaque fois. C'était l'époque où mon père parlait du "sang d'évadé". Ça peut paraître étrange. C'était lié à un vieux jeu vidéo sur TO8 (dont je réalise à présent, bien des années plus tard, que ça ne s'écrit pas Téo8, car à mes yeux cet ordinateur devait être un peu une personne, j'avais six ou sept ans). Le jeu consistait en une suite d'écrans fixes rudimentaires. J'ai oublié comment ça s'appelait (L'évadé d'Alcatraz, peut-être bien). On commençait dans une cellule de prison et, bien sûr, le but du jeu était de s'en échapper. A un moment donné, assez tôt dans le jeu, on trouvait des traces de sang sur le sol ou sur un mur, et le personnage disait : "oh ! du sang d'évdadé..." Raison pour laquelle mon père répétait ça, car ça le faisait rire (ou alors ce n'était pas du tout une réplique du jeu, et c'est juste mon père qui trouvait l'expression amusante, je ne sais plus). Ce qui était vraiment incroyable avec ce jeu, c'est que toute la "navigation" si l'on peut dire se faisait par le biais de l'écriture au clavier. Alors si l'on souhaitait, par exemple, avancer de trois pas vers la gauche, il fallait écrire quelque chose comme "j'avance de trois pas vers la gauche". Je ne sais plus du tout s'il fallait écrire à la première personne, comme je viens de le faire, ou à l'impératif, comme pour donner des ordres au personnage. Ce que je sais, en revanche, c'est que nous n'avons jamais pu finir ce jeu, ni mon frère ni moi, et que nous en venions toujours par nous servir du clavier pour écrire des insultes, soit pour nous défouler de notre frustration à ne pas avancer, soit parce qu'on ne pouvait pas se retenir, à cet âge comme à d'autres, de ruiner ce que nous adorions.